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La Grèce fait figure ces derniers jours du vilain petit canard de l’Union économique et monétaire européen. Elle est celle par qui le scandale est arrivé en raison d’une insoutenable dette publique qui avoisine les 30 milliards de dollars. Et pourtant elle avait dû montrer patte blanche avant d’accéder au club très  fermé de la zone euro. Une fois admise, elle était censée se trouver  hors des zones de turbulence économique coutumières aux nations fragiles. Le « roseau » grec serait donc à l’ombre des « chênes » que représentent les grandes économies du Nord de l’Europe.


C’est un autre scénario qui s’est déroulé sous nos yeux ces dernières semaines. Aucune puissance n’était enthousiaste à se précipiter  au chevet du  désormais « cheval de Troie » économique de L’UE. L’Allemagne d’Angela Merkel  s’est pointée en tête des pays du front du refus qui n’ont pas voulu casquer pour une « cigale » qui aurait « chanté tout l’été ». Madame Merkel est désormais la nouvelle femme de fer d’une Allemagne qui veille sur ses billes et qui n’est pas prêteuse.


Mais qu’en termes pudiques ces choses là sont dites ! Certains économistes comme l’américain Paul Krugman croit au contraire que la Grèce a été une élève trop appliquée, naïve jusqu’à l’orthodoxie. Récitant par cœur les leçons apprises du grand ensemble européen, elle aurait manquée de flexibilité.


Pendant plusieurs jours la peur de la contagion ou du syndrome du noyé qui emporte avec lui son sauveteur ont provoqué un net mouvement de recul des autres puissances de l’Europe qui aurait pu être fatal à toute la communauté européenne.


Pour avoir trainé les pieds, Bruxelles a versé de l’huile sur le feu. Les marchés dont la première tasse de thé n’est surtout pas la solidarité et qui pratiquent une sainte horreur des « perdants» ont paniqué. La Grèce qui au départ pensait pouvoir compter sur la solidarité continentale doit finalement passer par les fourches caudines du Fond Monétaire International. Et l’organisation en dépit de quelques changements de posture fait encore figure d’épouvantail.


Mais l’Europe ne restera pas les bras croisés. Un moment ankylosé dans l’inaction, elle a commencé les grandes manœuvres de secours et l’on parle d’un vaste plan de support comme pour se faire pardonner d’avoir trop réfléchi avant d’agir.  Aux dernières nouvelles, des sources autorisées évoquent la mirifique somme de 110 milliards qui pourrait tomber dans l’escarcelle du premier ministre grec Papandreou. En échange, Athènes devra se soumettre à une sévère diète. L’on souhaite vivement qu’il ne soit pas trop tard, car certains pays comme l’Espagne et le Portugal montrent des signes de « détresse respiratoire ». Et se mettent déjà à la médecine préventive.


L’effet domino pourra-t-il être enrayé ? Les agences de notation qui distribuent les « notes » et les places ont-elles exagérées et provoquer un vain affolement ? Toute chose qu’il faudra suivre dans les prochains jours et qui met la question de la nouvelle utopie solidaire au cœur des relations économiques à l’échelle de la planète. L’efficacité économique sans la solidarité sociale est d’une improductive brutalité.


L’hospitalité et la solidarité des Phéaciens ont aidé Ulysse dans l’Odyssée à retourner à Ithaque. Pour Homère, la question de l’hospitalité est étroitement liée à la notion de civilisation. A l’instar de son héros mythique, la Grèce entame une nouvelle « Odyssée » dans son Histoire et elle attend pour faire  face aux  tempêtes l’aide et la solidarité de ses pairs européens.


La dialectique du donner et du recevoir participe, somme toute, des fondamentaux d’une certaine Europe qui attend un salutaire retour aux sources.  

Roody Edme