AILLEURS VU D'ICI (depuis Haïti)

07 décembre 2013

NELSON MANDELA : UN MODÈLE DE GRANDEUR ET D’HUMILITÉ

Nelson Mandela est mort. Et la planète entière lui fait un magnifique bouquet d’humanité. Aux quatre coins du Monde, on célèbre un homme qui a marqué l’Histoire par son engagement au service de ses frères noirs d’Afrique du Sud, mais aussi et surtout par sa foi dans un meilleur destin pour l’Humanité toute entière.

Ce qui fait de Madiba, un modèle exceptionnel, c’est en plus de son courage, sa verticalité de leader guidant son peuple, mais aussi et surtout, c’est très rare, un homme politique qui a un grand souci de construire et de respecter les institutions de son pays. Rares sont les leaders qui, jouissant d’un tel charisme ne l’auraient pas utilisé à des fins personnelles.

Un Robert Mugabe au Zimbabwe a terni son passé délimitant pour l’émancipation de son peuple à travers les ombres d’une politique néfaste, et il existe pléthore de leaders qui, incarnant l’espérance de toute une nation, nonobstant les difficultés qu’ils ont eu à confronter, ont sombré dans les eaux glacées de l’opportunisme politique.

Mandela sort en 1990, de sa prison de Robben Island, avec le statut incontestable d’un leader mondial, qui avait à ses pieds tout un peuple entièrement voué à sa personne et à sa lutte.

Il a su garder une humilité, un sens du compromis dans la plus grande fermeté. Sans jamais transiger sur l’essentiel, il a su négocier pour le bien de son peuple, et établir par ainsi les fondements de la nation la plus puissante d’Afrique, devenue la nation arc-en-ciel.

Mandela a été toute sa vie un exclu et un prisonnier d’Etat. Rappelons qu’en 1940, il l’a été de l’Université pour s’être joint au boycott dénonçant les conditions de vie des étudiants noirs.

D’abord un pacifiste avéré, il fonde devant l’ampleur des massacres contre ses frères noirs la branche armée de son parti. Malgré tout, le combattant magnanime qu’il est encouragé beaucoup plus les sabotages que les assassinats.

Libéré de prison, le prisonnier le plus célèbre du monde plaide pour l’intégration de tous et affirme sans démagogie lutter contre la domination blanche et la domination noire.

Capable d’auto-critique, il se permet publiquement de revenir sur certaines erreurs commises par son administration.

La mort de Mandela par delà, le concert de louanges qui vont entourer la vie du personnage doit servir aux vivants que nous sommes encore.

 Elle doit nous faire méditer sur les qualités qu’il faut à un vrai chef. Elle doit nous enseigner que le courage seul n’est pas une vertu politique.

 Il y a d’autres qualités comme le respect de l’opinion de l’autre, le sens du sacrifice pour le bien commun, le refus du reniement des valeurs que l’on a incarnées, la victoire sur son ego fusse-t-il aussi immense que la planète.

La force de caractère et une hygiène de vie qui font que l’on est un modèle et que le verbe, la parole politique se transforme en actes bienfaisants et non en sulfureuse confusion qui réduit en cendres les rêves les plus nobles.

Merci Madiba de nous avoir toujours fait croire que l’espérance pouvait triompher de l’injustice.

 

Roody Edme

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04 décembre 2011

Un nouveau départ ?

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Les 29 et 30 Novembre se tiendront à Port-au-Prince un sommet international sur l’investissement en Haïti. Une méga opération de marketing qui verra environ 400 hommes d’affaires d’ici et d’ ailleurs se réunir et discuter sur les opportunités d’investir dans notre pays.

Une véritable concentration de gens d’affaires de tous les horizons dans une capitale haïtienne qui cherche un second souffle, deux ans après avoir été pulvérisée par un terrible séisme. Il faut le reconnaitre, une certaine impatience de commencer pour de bon avec la reconstruction s’est traduite ces derniers jours par une série de rencontres autour de la problématique de l’ aide `à Haïti et de son efficacité ; du deuxième sommet Haïti-Québec  pour l’investissement ; et de séminaires sur le leadership qui ont attiré une bonne partie de la société civile au Karib Convention Center la semaine dernière, sans parler de la grande réunion d’ appropriation des projets du nouveau Port-au-Prince.

Toute chose qui ressemble au démarrage d’une reconstruction annoncée, et qui pourrait signifier une sortie lente mais sûr de notre torpeur habituelle. Cependant, une hirondelle ne fait pas le printemps, et le landernau politique est connu pour ses ratages assurés des momentums les plus prometteurs. La Communauté internationale est elle coutumière des effets d’annonce qui n’accouchent même pas d’une souris. La machine étatique habituée à dysfonctionner ne peut s’accommoder sur le long terme d’un régime continu et ininterrompu de réformes. L’absence de consensus dans la société sur les fondamentaux de la reconstruction menacent à chaque prétexte d’aggraver les irritants qui sont autant de facteurs de blocage du démarrage espéré.

Le président de la république multiplie les initiatives unilatérales de dialogue qui pour l’ heure restent en surface et ne vont pas jusqu’ au tréfonds du mal haïtien génératrice de crises saisonnières les unes plus convulsives que les autres.

Les partis politiques n’arrivent pas encore, en raison de leurs multiples faiblesses institutionnelles,  à jouer leur rôle  critique, hors de la démocratie « cathodique », et de levier du changement dans une société rongée par un déficit institutionnel croissant.

La logique de la confrontation l’emporte toujours sur les voies éclairées de la négociation et de la pacification au nom d’un intérêt commun qui tarde trop à se définir. A l’heure du sommet des affaires de l’hôtel Karibe, il serait tout indiqué pour les pouvoirs publics d’envoyer des signaux énergiques sur leur volonté d’assainir l’environnement politique et sociale de ce pays. Car la conjoncture est encore boueuse, et le monde des affaires différent de celui de l’humanitaire a une sainte horreur de l’enlisement.

Pour que les assises du Karibe ne soient pas une conférence de plus, des mesures que l’on attend depuis trop longtemps doivent suivre pour montrer que nous ne marronnons guère sur un dossier aussi vital que celui de la «  Refondation ».

Roody Edme

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09 novembre 2011

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Qui a donné l’ordre de faire arrêter le député Arnel  Bélizaire  à sa descente d’avion, ce fameux jeudi noir du 27 novembre ? De qui a émané l’ordre de mobilisation d’unités spécialisées à l’aéroport de Port-au-Prince comme s’il s’agissait de l’opération anti-terroriste du siècle ? Pourquoi en dépit des avis contraires, l’opération a été quand même rondement menée, au risque d’ouvrir de nouveaux précipices sur le chemin déjà mal aisé de la fébrile et immature démocratie haïtienne ?

De séances de convocation en interpellation, on semble approfondir la confusion. Pis, on a l’impression d’assister à un combat de «  petits chefs » pour la sauvegarde de privilèges au nom de la Constitution. Une nouvelle formule a été trouvée, ce samedi 5 Novembre, qui consiste à laisser pendante l’interpellation comme une épée de Damoclès qui ouvrirait la voie aux marchandages de toutes sortes.

Dans les premiers moments de la crise, le Parlement est apparu comme le dernier rempart contre les dérives d’un pouvoir «  juvénile » et hanté par les vieux démons du vieil arbitraire haïtien. Et l’utilisation cette semaine de ses armes constitutionnelles pour demander des comptes à l’Exécutif a  été bien reçue dans l’opinion publique. En dehors bien sûr des dérapages verbaux de certains parlementaires, trop  soucieux de montrer dans un langage quelque peu sommaire, leur autorité sur le pouvoir exécutif. Quelque chose qui a sonné comme «  mwen pi chef pase nou, mwen ka revoke nou tout », et qui donne une sensation peu amène de déjà vu. On aimerait que les séances  à l’Assemblée nationale aient la gravité et la solennité de l’heure et que le peuple soit éclairé sur les auteurs de ce désordre institutionnel, sur cette méduse totalitaire mal contenue et qui piaffe d’impatience de revenir au «  bon vieux temps » des baïonnettes.

Jusqu’ici, on a une désagréable impression de show médiatico-politique avec beaucoup de bruit et de fureur, mais pas assez de volonté patriotique de redresser la barre, de remettre à l’ heure les pendules de l’ Etat,  et de s’ attaquer aux multiples défis qui nous assaillent. La Nation veut la vérité et une correction juste et méritée du « micro-coup d’Etat » que constitue la saisie de corps par la Police d’un élu encore couvert par l’immunité constitutionnelle ; mais elle veut aussi et surtout une sortie au plus vite de cette crise de leadership. Une meilleure gestion des rapports entre les pouvoirs, la prééminence des affaires nationales sur les ego trop pleins de nos « chefs » de toutes les magistratures.

Pour le moment, le spectacle qu’on nous donne à voir est loin du changement annoncé. La récente crise est grosse de leçons, elle annonce la montée des périls ! Mais il n’y a pas de fatalité, si nous comprenons les enjeux historiques de l’heure en mobilisant  dans l’ordre toutes les forces sociales pour forcer nos dirigeants à se remettre sérieusement au travail, à gouverner pour sortir ce pays du marasme.

Il y a déjà un nouveau cortège de déçus qui vient s’ajouter au long cortège de désespérés du mal haïtien. Ce qu’il nous faut pourtant, c’est comme cela se passe ailleurs dans le monde c’est de «  l’indignation » patriotique, militante, mais surtout une foi que rien n’est irrémédiablement perdu.

Roody Edme

 

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23 octobre 2011

Kadhafi n’est plus !

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Kadahfi est mort, ce 28 octobre 20011. Le chef de la révolution libyenne aura vendu chèrement sa peau face à un soulèvement interne appuyé par les puissances de l’alliance Atlantique. Celui qui a incarné pendant longtemps l’image révolutionnaire d’un Tiers-Monde en rébellion contre un ordre international inique, celui qui s’auto-proclamait le « vengeur » de l’Afrique avait longtemps dérivé dans les délices du pouvoir personnel.

Le guide qui captivait les foules de jeunes du Monde entier avait enfoui sa boussole dans le désert. Tripoli, la capitale de la Lybie  devenue la Mecque du nationalisme arabe a vu son étoile pâlir, obscurcie par les frasques d’un chef qui était devenu le « meilleur ennemi » des puissances occidentales.

Sombrant un instant dans des lourdes combines terroristes, le leader de la Jamahiriya Libyenne ne roulait plus que pour son pouvoir personnel et celui de son clan. Il s’est ainsi éloigné de son peuple et est lentement mais surement devenu un « original » entouré de ses femmes et de ses chameaux. Une curiosité orientale avec lequel les chefs d’Etat et les barbouzes occidentaux aimaient de temps à autre prendre le thé ou rompre le jeune du Ramadan.

Sylvio Berlusconi un des familiers de sa table élégante et aphrodisiaque s’est exclamée à la nouvelle de sa mort « Ainsi va la gloire du monde ». Nous sommes coutumiers dans l’histoire de ces sanglantes métamorphoses de ceux qui croient détenir la vérité suprême et qui pensent entretenir avec le peuple un rapport si fusionnel que leur personne devient l’incarnation de la Raison d’Etat.

Kadhafi est un exemple éclairant des pourfendeurs de l’impérialisme qui à force d’exercer un pouvoir sans partage sur leur peuple finissent par tomber sous les coups d’une insurrection longtemps différée et appuyée par une coalition internationale qui vient « libérer » le peuple de son « libérateur ».

Une tragédie pour les peuples du Tiers-Monde condamnés à rejeter ceux qu’ils ont adulés, des statues de sel emportés par les vagues écumantes d’une histoire vengeresse. Du visionnaire qui voulait créer les « Etats-Unis d’Afrique », qui souhaitait doter le continent noir de ses propres instruments financiers, grâce à la manne du pétrole. Il ne reste plus qu’un « tigre de papier ».

Un pantin désarticulé par la violence longtemps retenue d’une meute révolutionnaire. Un homme dépourvu des apparats du pouvoir et fragilisé sous les coups de ses ennemis.

Un destin fracassé dans la poussière des rues assiégées de Syrte.

Roody Edme

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24 août 2011

Libye : La fin d’une époque

Kadhafi

Le régime de Mouammar Kadhafi vit ses derniers soubresauts. On ne sait au moment où nous écrivons cet article, pour combien de temps, l’ancien « guide » Libyen pourra résister aux assauts de ses adversaires et des forces aériennes de l’Alliance atlantique. On annonce que deux de ses enfants seraient détenus par les forces rebelles. Et les manifestations retransmises par les télés du monde entier montrent des scènes de joie dans l’antre même du « loup » libyen, la fameuse place centrale de Tripoli, où se réunissaient généralement les partisans du régime.

Le départ annoncé de Kadhafi signe la fin d’une époque. Celle d’un nationalisme arabe qui avait fait recette et inspirer des jeunes militants du monde entier. Le bouillant colonel a longtemps fait figure de grand résistant d’un certain Tiers-monde fatigué de ramasser les miettes tombées du Nord développé.

Il avait même su profiter de la manne pétrolière pour hisser son pays dans la cour des grands de la région avec le produit national brut le plus élevé d’ Afrique et du monde arabe. Environ 86% des libyens savent lire et écrire. Et le pays constitué de moult tribus a connu en 42 ans, une stabilité certaine.

Le leader libyen s’est voulu un temps l’héritier du leader égyptien Gamal Abdel Nasser et le porte-parole auto-proclamé des « Etats-Unis d’ Afrique ». Mais le guide libyen est sans nul doute un dictateur qui a fait son temps. Un homme qui a dirigé la Libye d’une main de fer et qui a « touché » à l’argent sale finançant le terrorisme, au nom de la victoire à tout prix contre les « forces du mal ».

Il faut reconnaitre que la sacro-sainte unité des tribus autour de la poigne de fer de Kadhafi ne tenait plus qu’au bout du fusil. Le charme du bédouin magnifique est rompu au profit de l’image moins reluisante d’un « Ubu des sables ». Les dernières images du chef de l’Etat libyen étaient on ne peut plus pathétiques et ces ultimes bravades n’en étaient que plus meurtrières.

Mais il reste tout de même quelques lourdes incertitudes qui planent sur l’après Kadhafi. Les rivalités entre tribus et clans peuvent éclater au grand jour, une fois défait l’ennemi commun. Le Conseil National de la Résistance n’a pas légitimité sur l’ensemble des tribus.

Il y a donc à construire en urgence une unité nationale, à éviter toute vengeance sommaire, à construire des institutions qui n’ont jamais vraiment existé. Tout un vide à combler dans une société « fossilisée » et emmuré dans une « révolution » ne dépassant plus depuis quelques années les frontières du clan des kadhafa.

 Roody Edmé

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20 août 2011

Sortir du « Moyen-age » !

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Un vent de fanatisme religieux a semblé souffler sur le pays ces derniers jours. Il faut rappeler que par le passé, la communauté vaudou a souffert de manière sporadique mais violente de ces poussées d’intolérance. Le saccage de la cathédrale du Cap Haïtien, à cause du « prestige » dont joint le catholicisme au sein de nos élites a donné froid dans le dos à plus d’un, est venu attirer l’attention de tous sur un fait de société qui telle une méduse nous guette à chaque carrefour « danjere » de notre Histoire tumultueuse.

Depuis quelque temps que nous parlons de crise des valeurs, il est venu le moment d’une réaction à la hauteur de cette chute apparemment insondable. Il est venu le temps de l’état d’urgence «  civique ». Une réaction saine de la société et de l’Etat en vue de renouer avec nos fondamentaux culturels, et cultiver les valeurs universels de tolérance et du vivre ensemble.

Mais qui prendra la tête de cette «  croisade » pour la bonne cause ? Un point de départ imminent à la question tant rabâchée de la refondation. Pour que l’être  haïtien puisse se refonder, il faut le préserver du néant  de l’individualisme forcené, de l’intolérance rampante et de l’égoïsme vulgaire du  «  gate manje ». Une question qui est venue hantée mon esprit encore plus, avec la disparition du penseur Haïtien de l’éthique et de la solidarité que fut Jean Claude Bajeux.

Chaque fois que nous mettons en terre un de ces «  Hommes debout  à la barre, debout sous les étoiles » pour reprendre Yanick Lahens, il faut veiller à ce que le grain ne meure. Ce grain dont notre terre a besoin  de faire fructifier pour offrir un espace de vie conviviale à ces millions de citoyens de fait qui attendent de l’être dans toute l’acception du terme.

Il existe chez nous un fossé intergénérationnel à combler progressivement. La pensée haïtienne de Firmin à Price Mars, de Roumain  a Bajeux en passant par Laennec Hurbon n’est connue que d’une poignée de privilégiés. Une démarche pédagogique novatrice, à coté de la gratuité de l’école républicaine, serait d’ouvrir largement les portes et fenêtres de nos écoles et universités pour faire entrer les penseurs haïtiens vivants ou disparus, d’ici ou de notre riche diaspora. Aucun pays ne peut penser son développement avec un simple racolage de slogans politiques, ou avec des conflits personnels déguisés pour les besoins de la cause en enjeux nationaux.

Il est venu le temps d’ouvrir les colonnes de nos journaux et les micros de nos radios aux questions essentielles et ne pas réduire nos aspirations profondes de peuple à la «  gaguère » politicienne de ses représentants. A certains de nos politiques qui portent cette lourde responsabilité de veiller sur la paix dans la Cité. A ceux-là dont  précisément, le livre de chevet semble être  le Prince de Machiavel. Il faudrait modestement rappeler que celui-ci n’expose pas essentiellement une théorie politique « machiavélique », selon laquelle il faut tout sacrifier à la réussite par tous les moyens. Il contient aussi l’idée que l’histoire des hommes n’est pas pure fatalité et qu’à certaines conditions, de grands hommes parviennent à construire des formes politiques qui sont nécessaires pour vivre non comme des brutes mais en paix.

Un grand mouvement civique en rupture avec le poids de l’histoire, nourri par la pensée visionnaire de certains de nos intellectuels «  organiques », enraciné dans nos écoles et universités donnerait cette impulsion nécessaire au démarrage tant souhaité mais toujours raté. Pour transformer un Etat moribond, et avoir enfin des partis politiques dignes de ce nom, il faut une masse critique du changement qui soit populaire et démocratique, éclairé et progressiste, qui divorcerait avec la politique du chien crevé au fil de l’eau et de « démocratie du lendemain ».

Sur le plan religieux, il se dessine une initiative grosse d’espérance, celle du haut conseil des religieux pour la paix, regroupant toutes les confessions religieuses : vaudou, catholique, protestante, musulmane. Dans une condamnation unanime des incidents du Cap, mais aussi pour une campagne massive de citoyenneté responsable. Avec cette initiative, Haïti est en avance dans un monde trop souvent déchiré par de puissants mal entendus religieux. C’est un fait de civilisation à ne pas prendre à la légère, à soutenir pour qu’elle ne se perde dans le feu d’artifice des initiatives sans suite.

Ce qui existe aujourd’hui, c’est un Etat virtuel, des regroupements politiques spontanés, des élites balkanisées, quelques chapelles politiques qui résistent à toute idée de mouvement organisé. Les lieux de savoirs censés produire les lumières sont eux-mêmes assiégés par les travers qu’ils sont censés combattre.

Des initiatives comme celles mentionnées plus haut, si elles dépassent les feux de la rampe de la simple conférence de presse peuvent devenir un puissant mouvement fédérateur en écho avec les pulsions revendicatrices de notre peuple qui, comme  des coups de bélier, tambourinent aux portes de l’Histoire de ce nouveau siècle.

Roody Edmé

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05 août 2011

S O S leadership !

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J’ai écouté avec attention une intervention  de l’économiste Fritz Jean, ancien gouverneur de la Banque Centrale haïtienne. Résident  depuis quelque temps dans son patelin, Sainte Suzanne, au nord du pays, Fritz Jean brossait au micro de Kesnel Pharel, les perspectives économiques  qui se dessinent pour le Grand Nord, dans le cadre des projets de refondation développés  depuis tantôt deux ans : la création prochaine du parc industriel financé par la Bid avec le support du gouvernement américain qui génèrerait environ cinquante mille emplois directs ; l’érection de la nouvelle université du Nord supporté par le gouvernement dominicain ; le développement des facilités touristiques de Labadie de plus en plus ouvertes sur la région ; la revalorisation de  produits culturels historiques comme le palais Sans-Souci et la Citadelle Laferrière.

Toute chose qui  annonce le lancement du pôle régional Nord comme espace de développement avec des projets concrets, une fois n’est pas coutume, dont le financement est déjà disponible. Il reste pour le Gouvernement Haïtien de planifier l’accueil de ces nouveaux investissements de manière rationnel en tenant compte de la planification urbaine, pour éviter  la prolifération de quartiers populaires spontanés en dehors de toutes normes.

La question du renforcement des communes environnantes avec accès aux services de base participe d’un minimum de dignité que peut se permettre un effort national  pour encadrer ces investissements directs de l’étranger.

A signaler aussi des nouvelles rapportées ici et là dans la presse locale et régionale d’investissements importants en perspective sur le bord de mer de Jacmel, et des initiatives de développement dans les Départements du Centre et de l’ Artibonite animées par des secteurs importants de la société civile à l’échelle nationale et régionale avec le support d’investissements haïtiens et étrangers.

Tout un programme qui serait on ne peut plus motivant et rassurant si le leadership national était en place. Le pays est impatient de voir se déployer ces « hirondelles » qui annoncent le printemps du renouveau haïtien. Seulement voilà, au lieu de concrétiser ce rêve d’habiter dont parlait un de nos distingués chercheurs, nous nous enferrons dans le cauchemard des luttes factices et contre-productives à prétention hégémonique.

Que peut donner cette confrontation sans grandeur entre  deux « minorités » pour reprendre un éditorialiste  haïtien ? Sinon une perte inestimable de temps, une hémorragie de nos meilleures ressources vers des cieux plus cléments, une perte scandaleuse du momentum  post-électoral.

Il y a deux semaines, le président de la république et le chef de fil de l’opposition au Sénat annonçaient un retrait des positions initiales pour une relance plus sereine des discussions, tout cela au nom des souffrances du peuple haïtien. C’était trop beau pour être vrai !

Notre culture politique faite d’intolérance et de victoires mesquines à la Pyrrhus, où l’on contemple, médiocre gladiateur,  dans une jouissance morbide et éphémère, l’adversaire au sol, jusqu’ à son retour prochain, avec en prime sa charge de haine et de revanche, ne connait pas le compromis.

Et nous voilà repartis pour des jours plus sombres que les nuits, le président en « nage »  perd parfois son sang froid et révèle une certaine fragilité psychologique par rapport à la sensation d’immobilisme  qui l’envahit et voit partout des machinateurs de l’échec de son quinquennat.

Le groupe des 16 « embusqués » derrière la panoplie des « pouvoirs conférés » par la constitution se donnent les moyens de brider ce président qui voulait   bousculer  un « système » qui en a vu d’autres.

Et comment renverser ce scénario cauchemar fait de « complots » réels ou supposés, de ligne dure et d’exercices de futilités. D’abord au niveau de l’exécutif, on doit cultiver la conscience nette et claire qu’il faut travailler avec le parlement. Car, il y a dans le pipe line bien d’autres dossiers qui tiennent à cœur la présidence et qui auront besoin de l’aval du parlement. Cette coopération  va au delà des individualités à un poste de premier ministre jusqu’ ici peu productif et générateur de conflits aussi soudains qu’interminables.

Du coté, des parlementaires, ils doivent éviter d’alimenter la « tentation insurrectionnelle » qui  a souvent plombé l’histoire de notre peuple toujours poussé dans ses derniers retranchements. La majorité parlementaire actuelle n’est pas non plus éternelle, bientôt, un tiers du sénat devra se soumettre au verdict des urnes. Sous les lambris de la cité de l’exposition, les grandes manœuvres devront tenir compte de ces échéanciers.

En femmes et hommes d’Etat, nos représentants dans l’exécutif et le législatif devront se faire une raison dans le sens des intérêts bien compris de leurs mandants. La politique est dit-on la continuation de la guerre par d’autres moyens. C’est de bonne guerre que le jeu politique se déploie dans le respect des règles républicaines avec surtout pour horizon indépassable, l’avenir de la maison commune. Il n’y a plus de place pour les conflits  stériles de basse intensité sur les ruines de nos palais.

Dans le cas de ce pays exsangue, la morale suprême commande le compromis intelligent.

Roody Edmé

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22 juillet 2011

« Ces gamins qui nous gouvernent »

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Trois mois  maintenant depuis  les élections, et le pays attend figé un nouveau gouvernement. Les deux piliers de l’Etat : l’Exécutif et le législatif ont du mal à s’entendre sur une formule idéale de premier ministre. L’opinion publique assiste impuissante à une véritable guerre de tranchées entre la majorité de fait au parlement contrôlée par le Groupe des parlementaires du Renouveau à dominante ‘’Inite’’ et, le camp présidentiel un tantinet dopé par le succès électoral d’avril dernier. 

La question de la personnalité idéale pour le poste de Premier Ministre n’est que l’arbre qui cache la forêt de nos détestations politiques. Derrière le refus de la candidature de Daniel Rouzier, il y a eu non seulement les maladresses de la nouvelle équipe présidentielle,  encore dans les vapes du récent succès électoral, mais aussi les vieux démons de la méfiance de «  classe », la tentation « totalitaire » qui est la maladie infantile de nos « chefs » à quelque branche du pouvoir qu’ ils appartiennent.

Il se trouve que l’échec de Rouzier a rendu plus intransigeants certains parlementaires, qui jouissent publiquement de leur triomphe et qui se préparent à  exercer encore et … encore leur arsenal constitutionnel, pour montrer qui détient le pouvoir réel. Rien de pire que le sentiment de puissance, la sensation que rien ne peut vous résister, le délire de pouvoir légalement en imposer aux autres.

La constitution donne aux pères conscrits d’importants pouvoirs qu’ils doivent gérer avec sagesse et modération dans l’intérêt national. Ils ont à leur disposition de la provision constitutionnelle pour bloquer pour encore longtemps la désignation d’un nouveau premier ministre. Ils peuvent pour longtemps encore faire le siège du nouveau pouvoir et amener le nouveau chef d’Etat à Canaussa. Mais cela risque d’être une victoire à la Pyrrhus. Sous les décombres de nos institutions et les lambeaux écarlates d’un peuple qui a déjà rendez-vous avec  d’autres cataclysmes naturels.

Du coté du nouveau pouvoir, si certains dans l’opinion apprécient le nouveau dynamisme présidentiel. Le souffle tonique qu’il semble vouloir insuffler à la gestion trop longtemps comateuse de l’Etat ; on craint aussi une attitude de lion en cage, tournant sur lui-même et incapable de trouver la bonne mesure pour parler aux autres secteurs de l’opposition qui ont un rôle critique et fondamental à jouer dans la démocratie que nous voulons créer.

Or le mal haïtien réside dans le refus de l’union qui fait la force qui figure pourtant en bonne place dans nos armoiries mais qui n’a jamais connu un début d’application. Dans le refus de transcender nos différends pour tenter de trouver le minimum acceptable et vivable entre filles et fils d’une même nation. Le destin de Monsieur Bernard Gousse semble tout tracer, il ne fera peut-être pas long feu. Mais depuis quelques jours que je l’entends à la radio, il a des paroles d’homme d’Etat qui nous interpelle sur les valeurs profondes de paix et de fraternité. Au nom d’une trêve qui nous permettrait de recoudre le tissu social, dans le cadre faut-il encore l’écrire sans paraitre ringard, d’un dialogue national ou d’un « contrat social » ou pacte de gouvernabilité.

Toute chose qui nous ferait mettre au placard nos vielles rancœurs issues des périodes traumatisantes de notre Histoire pour contempler l’avenir et réconcilier ce peuple avec son destin de grandeur.

Roody Edmé

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25 juin 2011

Une mort sur ordonnance ?

La mort brutale et vicieuse a frappé ce dimanche soir 12 juin  2011 dans une banlieue résidentielle de Pétion-Ville. Des bandits sans foi ni loi ont pris sur eux la responsabilité d’ôter la vie à un de nos plus célèbres financiers. Acte meurtrier inqualifiable certes, mais aussi crime de lèse-patrie dans un pays si peu pourvu de cadres compétents.

Il y a quelque chose de terrible dans l’acharnement  systématique de ces meurtriers à tuer d’une balle dans la tête,  les meilleurs d’ entre nous, comme s’il s’agissait d’un complot pour décérébrer toute une nation. La Communauté nationale a vécu avec horreur cette annonce, tombée comme une douche froide dans ce lundi matin de Juin particulièrement torride.

Dire que le soir du crime, les téléspectateurs haïtiens se reposant nonchalamment d’un début furibond de la saison cyclonique zappaient entre les matchs de la Concacaf, la finale de la NBA et la retransmission par la TNH des festivités des seize ans de la police nationale. Un peu comme pour profiter du calme avant les grandes tempêtes annoncées.

A propos de notre police, on se dit qu’elle a été tout au cours de sa jeune existence confrontée au pire. Prise dans le tourbillon des passions politiques et des tornades criminelles, elle a passablement bien résistée, même que ces derniers temps elle était résolument passée à l’offensive sur le front de l’insécurité. Ce soir du 12 juin était l’occasion pour le Haut commandement de la Police de faire un bilan, de marquer une pause pour observer le chemin parcouru et contempler l’horizon.

Mais ce même soir du 12 Juin se tramait aussi un terrible complot contre l’intelligence, un attentat contre un projet moderne et solidaire de financement de logements pour les classes moyennes, un crime contre une voie toute haïtienne de développement intégré, la mort d’un homme coupable d’agir pour transformer le paysage financier de son pays.

Tout se passe comme si, des créatures d’un quelconque enfer s’acharnaient à tenir régulièrement une comptabilité macabre de nos pertes irremplaçables de journalistes, de médecins, d’entrepreneurs, de simples citoyens. Avec une régularité de métronome, ces vagues prédatrices viennent nous voler ceux que nous chérissons et que le séisme du 12 janvier a épargnés.

Guyto Toussaint n’était pas seulement un cadre supérieur compétent de notre administration. Il était aussi un novateur dans le sens que le concevait l’économiste Schumpeter. Un capitaine de la finance qui entendait guider la barque nationale sur les flots houleux d’une refondation qu’un peuple tout entier appelle de ses vœux. Sa mort est une douloureuse piqure de rappel que des forces enténébrées veulent couvrir ce pays du voile de l’opprobre et de la fatalité.

Elle doit être l’occasion d’une révolte des consciences pour barrer la route au projet macabre et insidieux des fauteurs de violence. Elle doit mobiliser toute nos polices «  humiliées » le soir de leur anniversaire.

Cette mort doit entrainer une réponse vigoureuse contre cette insécurité rampante et les machinateurs de ces deuils insoutenables.

Roody Edme

 

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07 juin 2011

Refonder la démocratie ?

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Le vent de la contestation qui a balayé les pays d’Afrique du Nord et qu’on a baptisé le « printemps arabe » a atteint aussi certaines capitales de l’Europe méditerranéenne. Tant et si bien, que l’on parle désormais «  d’été européen ». Un mouvement de contestation parti d’Espagne donc gagne peu à peu les capitales européennes touchées depuis 2008 par la crise économique mondiale.

Pour l’heure, il ne s’agit que d’une brise légère mais têtue qui vient rafraichir le discours politique de gauche comme de droite, même si elle se prétend «  non alignée ».

À Madrid comme à Barcelone, à Athènes comme à Lisbonne, des jeunes rongés par la précarité revendiquent un changement de système qui laisse trop de gens en marge. Le mouvement relayé par les réseaux sociaux se donne une appellation assez symptomatique du ras-le-bol des jeunesses d’un monde où l’ascenseur social est en panne : « Les Indignés ». Inspiré par le titre d’un livre de Stéphane Hessel,  « Indignez-vous », les organisateurs du mouvement bien servis par les réseaux sociaux du web entendent réinventer le politique. Ironie de l’Histoire, le mouvement a pris une relative ampleur en Mai 2011, et fait penser, toute proportion gardée à un certain Mai de l’année 1968.

Ces jeunes se déclarent indignés par un monde qui fabrique de plus en plus d’exclus. Il y au creux de cette vague revendicatrice, une grande frustration par rapport à des systèmes étatiques qui font du surplace. Le désir d’avenir des jeunes européens est pris en otage  par un système qui tourne en rond et qui propose une croissance de plus en plus insoutenable.

Ce mouvement des «  indignés »  qui épouse les rives de la méditerranée se veut ancrer dans le peuple et porteur de pulsions profondes pouvant porter un changement de paradigmes dans la démocratie libérale. Les partis politiques traditionnels apparaissent usés et à bout de solutions. Et ces jeunes « romantiques » post-modernes sentent qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de la finance mondiale où la logique du chacun pour soi risque de fracasser les destins des peuples et des Etats contre le mur !

La crise de ces dernières années qui devait être une opportunité pour refonder l’économie a abouti à des recettes placebo, renforçant ainsi le sentiment d’insécurité de ceux à qui l’avenir est censé appartenir.

« A quoi cela rime d’aller voter tous les quatre ans si, ce sont toujours les banques qui gagnent » s’indigne une manifestante. Pour l’heure, le mouvement se veut citoyen et prend ses distances vis-à-vis des formes actuelles de la vie politique organisée. Reste à savoir, de quoi la suite sera faite.

Toujours est-il que le mouvement parti d’Espagne, quoique encore timide, envahit l’espace des cités européennes et l’on se remet à parler de démocratie éthique et d’assemblées locales.

Une remontée aux origines pour refonder la démocratie ?

Roody Edme

Posté par roodyedme à 18:02 - Commentaires [2] - Permalien [#]