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L’opinion publique a hâte de savoir ce que sera le grand plan post-désastre concocté sous les lambris de l’hôtel Caribe. Quel lapin sortira du chapeau magique des experts nationaux et internationaux ? Dans les couloirs de l’hôtel marqué des stigmates du séisme, les experts ont tout le temps devant les yeux, la mémoire  d’une catastrophe d’une magnitude sans précédent dans l’Histoire d’Haïti.


Il se murmure que ce grand plan sera un condensé revu, augmenté et adapté à l’ampleur de la conflagration du 12 janvier de plans préexistants. On rapporte que s’y dégagerait la vision optimiste d’une Haïti verte et pimpante qui aura, semble-t-il cette fois les moyens financiers de ses habits neufs.


Cependant, la maladie infantile de l’État haïtien a toujours été l’impotence et l’enfermement dans une culture sui-generis qui reproduit le sous-développement et l’exclusion, l’instabilité et les guerres de tranchées pour un pouvoir absurde. Comment sortir du ghetto de la stabilité dans la stagnation et son corollaire tout aussi destructeur de l’insurrection permanente et improductive.


Comment construire la nouvelle confiance dans des institutions qui devront être plus tôt que plus tard rénovées … comment se défaire de la défiance généralisée qui s’empare comme une redoutable épidémie de l’ensemble du corps social haïtien ? La méfiance étant pour toutes sortes de bonnes ou fausses raisons la chose du monde la mieux partagée chez nous. C’est la que se situe les vrais enjeux de la lutte pour faire émerger cette nouvelle Haïti.


Je veux dire qu’il faudra un vrai débat de fond sur la société haïtienne : son histoire plus ou moins figée dans le « temps des baïonnettes » et qui domine largement notre culture politique, son marronnage par rapport à une certaine modernité, son obsession du complot permanent et la tentation des recettes politiciennes éculées des siècles passés. Les manœuvres tordues pour conserver ou renverser le pouvoir risquent encore une fois de nous faire passer à côté des débats de fond sur que faire pour changer les paradigmes de la politique en Haïti, pour en faire un réel outil de transformation.


Il se trouve que la personnalisation outrancière de nos luttes politiques nous a fait faire du « boyérisme sans Boyer », du « macoutisme sans Duvalier ». Le palais national s’est effondré plus d’une fois, par le passé,  sous l’effet de cataclysmes politiques et cela n’a pas fait avancer l’Histoire. Il nous faut arrêter de prendre l’écume d’un système bicentenaire pour ses lames de fond. Et d’arrêter d’avoir des cibles mais des objectifs.


De même, le plan post-séisme  même avantageusement financé, n’est que le premier pas sur une longue voie pleine de défis. Il est une condition nécessaire mais non suffisante pour la refondation de ce pays. L’effondrement des buildings n’est que le tragique épilogue d’une longue succession d’effondrement : la production nationale, la vie de quartier, l’habitat paysan qu’il faudra bâtir sur de nouvelles bases.


Il faudra donc combler ces « failles » mentales qui gisent dangereusement dans nos têtes, qui nous conduisent à reproduire le déjà vu comme si le temps s’était arrêté. Et qui sont aussi destructrices, sinon plus dans leur effet pervers, que les failles géologiques. Pour cela, il faut un Etat volontariste. Comme celui qui sous Roosevelt implanta le New deal ! Ou sous la cinquième république, en France, su tirer profit avantageusement du plan Marshall. La question du leadership à construire sur la période devient aussi une urgente nécessité.


De manière pragmatique, l’Etat central  doit montrer le chemin et envisager des paliers concrets et solides à l’intérieur de la  grande architecture du plan de refondation. Ces paliers devront être des mesures audacieuses et visibles pour réinventer le crédit et irriguer toute l’économie. Pour cela, il nous faut aussi des banques qui une fois disposant de fonds de garanties nécessaires sauront faire preuve d’inventivité tout en évitant les pratiques de leurs sœurs ainées d’occident qui engendrèrent la crise de 2008.


Les banques haïtiennes ne doivent plus apparaitre comme de « grosses tirelires » mais des agents économiques actifs pouvant créer l’effet de levier nécessaire à la reprise.


Un support vigoureux a entrepreneuriat jeune devrait être mis en place en même temps que la recapitalisation des entreprises actuellement en faillite. Tout un paquet de mesures d’incitation économique (bancaires, fiscales) sans commune mesure avec les formes de gestion conservatrice habituelles  pourrait aider dans un premier temps à récupérer les 90.000 emplois détruits.


L’injection massive de capitaux publics, via le fonds pour la reconstruction, pour des travaux d’infrastructures à l’échelle régionale et nationale servirait ainsi de plate-forme à un développement équilibré de l’espace haïtien. L’embauche massive aurait aussi pour objectif des travaux portant sur l’habitat et la régénération de l’environnement. Toute chose qui entrainerait pour la population un changement qualitatif de son environnement physique.


Des « stimulus package » tous les six mois ou un an viendraient fouetter l’économie, faire circuler l’argent, libérer les forces productives, transformer la résilience éprouvée dans la survie des Haïtiens en une énergie de propulsion du développement durable.


La traçabilité et la lisibilité de ces mesures redonneraient confiance à une population qui a besoin d’avoir foi en un pays nouveau renaissant des cendres du 12 janvier.

Roody Edmé