La mort brutale et vicieuse a frappé ce dimanche soir 12 juin  2011 dans une banlieue résidentielle de Pétion-Ville. Des bandits sans foi ni loi ont pris sur eux la responsabilité d’ôter la vie à un de nos plus célèbres financiers. Acte meurtrier inqualifiable certes, mais aussi crime de lèse-patrie dans un pays si peu pourvu de cadres compétents.

Il y a quelque chose de terrible dans l’acharnement  systématique de ces meurtriers à tuer d’une balle dans la tête,  les meilleurs d’ entre nous, comme s’il s’agissait d’un complot pour décérébrer toute une nation. La Communauté nationale a vécu avec horreur cette annonce, tombée comme une douche froide dans ce lundi matin de Juin particulièrement torride.

Dire que le soir du crime, les téléspectateurs haïtiens se reposant nonchalamment d’un début furibond de la saison cyclonique zappaient entre les matchs de la Concacaf, la finale de la NBA et la retransmission par la TNH des festivités des seize ans de la police nationale. Un peu comme pour profiter du calme avant les grandes tempêtes annoncées.

A propos de notre police, on se dit qu’elle a été tout au cours de sa jeune existence confrontée au pire. Prise dans le tourbillon des passions politiques et des tornades criminelles, elle a passablement bien résistée, même que ces derniers temps elle était résolument passée à l’offensive sur le front de l’insécurité. Ce soir du 12 juin était l’occasion pour le Haut commandement de la Police de faire un bilan, de marquer une pause pour observer le chemin parcouru et contempler l’horizon.

Mais ce même soir du 12 Juin se tramait aussi un terrible complot contre l’intelligence, un attentat contre un projet moderne et solidaire de financement de logements pour les classes moyennes, un crime contre une voie toute haïtienne de développement intégré, la mort d’un homme coupable d’agir pour transformer le paysage financier de son pays.

Tout se passe comme si, des créatures d’un quelconque enfer s’acharnaient à tenir régulièrement une comptabilité macabre de nos pertes irremplaçables de journalistes, de médecins, d’entrepreneurs, de simples citoyens. Avec une régularité de métronome, ces vagues prédatrices viennent nous voler ceux que nous chérissons et que le séisme du 12 janvier a épargnés.

Guyto Toussaint n’était pas seulement un cadre supérieur compétent de notre administration. Il était aussi un novateur dans le sens que le concevait l’économiste Schumpeter. Un capitaine de la finance qui entendait guider la barque nationale sur les flots houleux d’une refondation qu’un peuple tout entier appelle de ses vœux. Sa mort est une douloureuse piqure de rappel que des forces enténébrées veulent couvrir ce pays du voile de l’opprobre et de la fatalité.

Elle doit être l’occasion d’une révolte des consciences pour barrer la route au projet macabre et insidieux des fauteurs de violence. Elle doit mobiliser toute nos polices «  humiliées » le soir de leur anniversaire.

Cette mort doit entrainer une réponse vigoureuse contre cette insécurité rampante et les machinateurs de ces deuils insoutenables.

Roody Edme