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La Tunisie est aujourd’hui le foyer de changements exceptionnels qui pourraient avoir un effet domino sur tout le Maghreb. La dictature instaurée depuis plus de vingt ans par le président Ben Ali s’est effondrée comme un château de cartes. Et pourtant, tout semblait jusqu’ici pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tunis était largement perçu comme le meilleur élève de la classe des pays ayant suivi avec application la pédagogie des réformes du FMI.

C’est dire que le miracle tunisien n’était qu’un mirage dans le désert politique du Maghreb. La Tunisie avait été pendant ces deux dernières décennies une sorte de vitrine touristique de la région connue pour ses millions de visiteurs annuels. Mais  dans ce « paradis artificiel », lieu de villégiature des grands de ce monde, l’envers du décor ne pouvait plus être dissimulé. La fracture sociale n’a fait que s’ouvrir sous les pas imprudents d’une élite richissime qui dansait de manière irresponsable sur un volcan.

Le gouvernement Ben Ali fort de l’appui inconditionnel d’un Occident frileux, paralysé par la peur du « péril islamiste », a joué pendant longtemps les gardiens de l’ordre laïc. Toute chose qui permit à son régime d’avoir carte blanche au nom d’une nouvelle doctrine de sécurité nationale anti-islamiste.

Le cas tunisien pourrait servir de modèle pour une région dominée par des régimes qui ont fait de la stabilité et de la continuité un crédo et qui apparaissent aux yeux des chancelleries occidentales comme un socle protecteur contre la tentation radicale et religieuse.

Seulement cette approche quelque peu manichéenne s’est révélée contre-productive et n’a pas résisté au désir d’avenir de la jeunesse tunisienne et aux coups de boutoir d’une crise internationale.

L’économie tunisienne « riveraine »des Etats de l’Europe du Sud passablement en faillite reçoit les eaux basses d’une économie européenne asséchée par l’inflation.

De plus, la Tunisie qui est un des pays les plus performants en termes de nombre de diplômés par habitant est largement concurrencée par les sociétés asiatiques en termes d’emploi dans le secteur tertiaire. Le sous-emploi a un effet massacrant sur les cadres tunisiens formés et remplis d’ambition.

Face à cette montée des revendications, le verrou sécuritaire de Tunis ne pouvait plus tenir. La révolution du jasmin a donc éclot en Afrique du Nord, terreau désormais fertile pour que s’épanouissent d’autres fleurs.

Mais on craint, avec raison, ici et là, la tentation radicale face aux manœuvres d’un régime trentenaire pour s’assurer une pérennité. Après de longues années de pouvoir sans partage, la société civile et les partis politiques se sont retrouvés vidés de toute substance et la rue tunisienne semble désormais convulsive.

Aucun groupe ne semble en mesure pour le moment de prendre la direction du mouvement. Et chaque jour, on lorgne du coté de l’aéroport de Tunis, à la recherche d’un leader…

Le printemps tunisien n’a pas encore commencé que déjà guette de gros nuages noirs. Pour l’heure, les plus optimistes souhaitent un scénario sur le modèle turc, avec à la clé, un parti islamiste modéré qui accepte le jeu démocratique.

Roody Edmé