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Un ami journaliste, dissimulant difficilement son angoisse, m’écrit de Montréal: « Je me repose un peu, en attendant le cyclone électoral ». C’est vrai qu’il ne fait pas beau. La saison pluvieuse fait son plein d’eau et nos villes tanguent sous les brumes épaisses des ondes tropicales. Et entre une météo peu clémente et des avis de tempête politique, la mêlée n’est pas des plus joyeuses.

Il y a aussi que l’aide internationale stagne, le gouvernement patine, et l’opposition comme un poisson hors de l’eau recherche désespérément une bouffée d’oxygène, une « alternative » pour monter comme « un seul  homme » ou femme à l’assaut du pouvoir. Le train électoral siffle déjà et les passagers se préparent  à l’abordage pour ne pas tout…rater.

N’empêche que les tentatives actuelles d’une frange de la classe politique de fédérer l’opposition est une bonne nouvelle en soi. Ce n’est certes pas la première fois que l’opposition est à la recherche de « convergences ». Mais á chaque fois ces initiatives heureuses sont rattrapées par la conjoncture électorale et deviennent, à la fin de la journée, électoralistes.  Et le temps politique ne pardonne pas à l’heure ou monte les passions et les ambitions individuelles. Et l’on ne sait pas qui à la dernière minute abandonnera le navire, laissant  en plan le reste de l’équipage. La frustration n’étant pas la meilleure chose en politique, les ténors de l’opposition font le compte de leurs acquis et veulent montrer qu’ils n’ont pas peur de la compétition.

D’autant qu’en face, on aligne une pléiade de candidats qui ont laissé des traces dans le théâtre politique haïtien et qui sont loin d’être d’illustres inconnus. Un article récent du Nouvelliste publiait les candidats probables du parti « Inité ». On cite Yves Cristallin, un ministre des affaires sociales, très affairé, qui  est l’un des hommes les plus visibles de l’actuel cabinet et qui a montré une certaine capacité de réaction dans cette conjoncture post-catastrophe. Kelly Bastien, le président actuel du Sénat, un  redoutable procédurier, un jeune loup blanc de la politique haïtienne. Joseph Lambert, un puissant sénateur du Sud-est qui rêve peut-être d’un « clan Lambert » qui pèserait, toute proportion gardée, sur la politique à l’instar des frères Kennedy en Amérique ! Michèle Montas, la surprise de « Inité », journaliste diplômée de la Colombia University, ancienne porte-parole du secrétaire-général des Nations-Unies, épouse du journaliste haïtien le plus célèbre, Jean L Dominique.

A la fin des années 70,  Michèle Montas avait réalisée une émouvante interview avec Violeta Chamorro, veuve de Joaquim Chamorro. Qui plus tard est devenue…présidente du Nicaragua. The last but not the least, Jacques E Alexis, un homme politique éprouvé, qui combine plus que tout autre, les deux pôles d’une certaine politique haïtienne de ces vingt dernières années ; La technocratie la plus sophistiquée alliée au populisme latino-américain le plus nationaliste.

L’homme est capable de faire face en temps de crise, y compris de donner rendez-vous à la nation, lors d’une célèbre séance d’interpellation suivie d’un vote de censure. Et puis, se murmure dans le landerneau politique, la candidature de Wyclef Jean, cela n’ira-t-il pas plus loin que la candidature de Coluche en France, il y a quelques années. Mais Haïti n’est pas la France. N’est-ce pas ?

Et pourquoi pas des  élections primaires au sein de nos partis et qui seraient diffusées à la télévision. Ce serait une manifestation de transparence et qui donnerait un avant-gout de la grande campagne électorale. Ceci nous changerait des manœuvres « anba tab » et d’une « désignation » par le  « prince » qui ferait éclater les égos comme autant de bombes à retardement.

Certains jeunes cadres, patrons d’instituts de sciences politiques, émoustillés par la candidature d’Obama rêvent d’apporter du neuf dans la politique haïtienne, mais le temps leur fait «  la guerre ».

Steven Benoit, qui a parfois raison, réclame au maximum deux ou trois candidats pour les prochaines élections, toute tendance confondue.

J’affirme avec lui que ce serait un progrès !

Roody Edmé