PortElizabeth

La Coupe du monde a bien débuté en Afrique du Sud. Un événement planétaire qui se déroule jusqu’à présent dans un bel esprit. La cérémonie d’ouverture a été à la fois fastueuse du point de vue de la beauté des costumes ou plus de mille artistes ont offert un spectacle son et couleur, mais simple, en raison de l’absence du clinquant technologique et pyrotechnique dont est coutumier ce genre de cérémonie.

Une cérémonie d’ouverture placée sous le signe de la fraternité, de la solidarité humaine, comme pour exorciser de trop longues  années de déni et d’injustices vis-à-vis d’un continent qui a contribué à la richesse de certains pôles de la planète. Cette Coupe du monde revêt pour les Haïtiens un accent particulier, en ce sens qu’elle constitue  un moment de répit, après les terribles péripéties  endurées pendant et après une catastrophe naturelle dont les séquelles risquent de durer encore longtemps.

C’est donc un moment pour les pouvoirs publics et la communauté internationale de mettre les bouchées doubles pour commencer les projets annoncés. C’est le moment pour le gouvernement  de trouver la pédagogie pour parler à ses opposants, pour enfin commencer à envisager l’avenir avec plus de sérénité.

Pour l’heure, le système politique traine comme un boulet une grave crise de confiance. Le président craint de réformer le CEP pour ne pas se retrouver piégé dans d’interminables négociations dans  la recherche d’une nouvelle formule qui serait renvoyée aux calendes haïtiennes. L’opposition quant à elle réclame des gages avant d’aller à des élections qu’elle voudrait transparentes et impartiales. Il est certain que de ce coté, il faut tenter absolument une percée qui nous sortirait de la tour de Babel. Sinon on ne pourra jamais contempler le « ciel »de la refondation de notre pays.

Il faut en urgence faire baisser le taux de «  conflictivité » qui risque de plomber toutes les initiatives. Et dans ce domaine toute forme d’autisme risque de nous faire rater à nouveau un momentum que ce peuple voudrait cette fois-ci  ne pas rater. Surtout après avoir payé un prix aussi fort le 12 janvier.

Mais revenons à la parenthèse somme toute «  heureuse » de la Coupe du monde. Les Haïtiens découvrent avec ravissement un continent qu’ils ne connaissent qu’à travers les clichés véhiculés par les autres. Cette année, ils ne seront pas que «  brésiliens »ou  « argentins » mais « sud-africains », « ghanéens » ou « camerounais ». Ils partagent légitimement une certaine fierté de voir ces pays africains se hisser sur les toits du monde du football.

Ils découvrent une Afrique faite d’ombres, car le continent jadis exploité jusqu’à l’épuisement, n’est pas encore sorti de ses turbulences internes mais aussi une Afrique lumineuse, dont on parle peu, et qui fait cligner de l’œil, un monde trop souvent indifférent à ses malheurs.

Ce que l’on sait moins, c’est que la croissance économique africaine est notable depuis quelques années. Nombre de pays ont maintenu en 2006 et 2007 un taux de croissance supérieure à 5%. Une augmentation de richesses liés a des facteurs multiples : une meilleure gestion macro-économique, la hausse significative de l’aide publique au développement, la réduction de la dette, la nouvelle coopération avec des pays émergents tels la Chine et le Brésil, et l’arrivée de capitaux important venus de pays pétroliers arabes ou musulmans.

Nous savons  certes que la croissance n’est pas le développement. Et qu’il existe une Afrique de l’envers qui souffre des bas prix offerts pour ses produits agricoles et une Afrique de « l’endroit » productrice d’hydrocarbures mieux nantie en raison de l’importance des produits miniers pour le marché occidental et asiatique.

Le continent doit beaucoup travailler pour atteindre l’ère du développement durable et exorciser ses vieux démons d’un passé honni de plusieurs siècles. L’Afrique s’affirme, selon le spécialiste français Philippe Hugon de l’Institut de relations internationales et stratégiques( Iris), comme une réserve stratégique de matières  premières minérales et d’hydrocarbures. Toujours selon l’Iris, d’ici dix ans, le quart des approvisionnements des Etats-Unis, premier consommateur mondial devrait venir du continent noir. Il risque de redevenir séduisant au regard des uns et des autres. Et à chaque fois qu’il est l’objet de convoitises, les conflits internes augmentent dans une inquiétante proportion.

Le continent se trouve aujourd’hui placé au cœur de la géopolitique mondiale, il lui reste à trouver une « unité historique »pour défendre ses intérêts dans le cadre d’échanges plus équitables. 

En attendant, il redevient ce qu’il a toujours été : le berceau du monde !

Roody Edmé