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Kingston, capitale de la Jamaïque est plongée depuis quelques jours dans une guerre civile rampante. Des quartiers entiers sont transformés en champs de bataille et des civils sont pris sous le feu croisé des forces spéciales et des milices du crime. A l’origine de ces affrontements sanglants : l’ordre d’extradition vers les Etats-Unis émis conte Christopher Coke, un parrain des quartiers pauvres de la capitale jamaïcaine qui sévit plus particulièrement dans le bidonville de Tivoli Garden.

La situation de guerre civile non déclarée qui a déjà fait plus d’une quarantaine de morts traduit le mal être profond des sociétés ou l’Etat en déroute laisse délibérément l’espace des cités aux groupes armés non légitimes. Là ou l’Etat recule, de nouveaux « caciques » du crime organisé mettent en place leur « empire » du mal et instrumentent à leurs profits la misère des populations marginalisées.

Le crime organisé et de plus en plus sophistiqué fait son nid dans les « archipels de la misère » qui recouvrent d’une charpe ensanglantée  la géographie tourmentée de notre planète. Les milices du crime qui s’affirment du coté des masses exploitent de manière éhontée la misère des populations et la naïveté de certains qui croient voir la « révolution » et le salut public dans toute insurrection populiste. Or rien n’est moins couteuses  et ruineuses  en vies que ces « guerres civiles » non révolutionnaires dont les paravents idéologiques ne masquent que les intérêts sanglants et nihilistes des puissances illicites d’argent.

C’est peut-être l’occasion pour les esprits non embués par les pollutions idéologiques de se questionner sur qui se cachent derrière des mouvements de « partageux » qui n’ont rien à voir avec le romantisme épique du jeune Gavroche, personnage emblématique des Misérables de Victor Hugo. 

Selon une étude menée par Xavier Raufer et Stéphane Quéré pour les Presses Universitaires de France : les grands cartels verticaux des années 1970 et1980 ont fait place  dans certains pays à des « PME »de la coke »cachées derrière des façades légales. Ces « cartélitos » sont dirigés par de jeunes businessmen, bien intégrés au monde hi-tech d’internet et des communications codées.

En Colombie paramilitaires ou guérillas fournissent aux paysans (complices ou terrifiés) des arbustes à coca prêts à planter. Dans l’ex-bloc de l’est, nos deux spécialistes ont relevé que la transition vers l’économie de marché et l’Etat pluraliste s’est achevée pour la société civile comme pour le milieu criminel. Avec l’émergence d’une centaine d’entreprises criminelles structurées et transnationales.

En Jamaïque relève un éditorial du Miami Herald, la violence actuelle puise ses racines dans la période des élections de 1980, lorsque des factions politiques à la recherche du « nerf de la guerre »et de troupes de choc se sont alliés à des gangs locaux pour intimider des opposants. Et ces gangs ont progressivement pris les rennes fragilisant ainsi l’Etat et la société qui s’est réveillé un matin au claquement des fusils.

Toujours est-il que la question sociale et celle de l’éducation se situent en amont de ces problèmes. Ceux qui ont été oubliés sur  les « cimes du désespoir » n’hésitent pas malheureusement à faire le grand saut dans l’abime sur les traces de ces « robin des bois » de la postmodernité incarné par le jeune caïd jamaïcain. 
A Kingston comme à Port-au-Prince planent les mêmes menaces. Car ce mal qui répand la terreur est encore difficilement perçu dans les milieux politiques et médiatiques ; il se nourrit de l’affaiblissement des valeurs et du chaos social.

Le désordre mondial, la faiblesse avérée et entretenue des Etats, l’angélisme des uns et des autres nous transforment en otages de la violence.

 

Roody Edmé