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Un vote historique a eu lieu le 21 mars à la chambre des représentants des États-Unis. Il s’est agi du projet Obama de réforme de la santé. Un projet qui ambitionne de fournir une assurance-santé à plus de 38 millions d’Américains et qui a été finalement approuvé par une chambre des représentants on ne peut plus frileuse.


Ce qui a rendu ce vote historique, c’est la guerre de tranchées qu’elle a déclenché au Congrès et dans la société américaine. La vérité est que le projet Obama touche sensiblement aux intérêts énormes des assureurs américains et du lobby puissant des milieux médicaux. Cette loi annonce le retour d’un certain État providence qui se propose de couvrir de son manteau protecteur les plus vulnérables. Il s’agit donc dans le chaos actuel du monde de la première grande tentative de reprise en main des choses par un État américain qui n’a fait que se désengager sur les grandes questions de société depuis  la révolution conservatrice initiée dans les années 80 par le sieur Ronald Reagan.


Le combat pour faire passer cette loi a donc été une longue course d’obstacles  d’une rudesse rarement égalée dans les hémicycles du Congrès des États-Unis. On a vu des parlementaires noirs protester contre les quolibets racistes lancés en leur direction par des manifestants en colère. Le président américain lui-même n’a nullement été épargné par ces agressions verbales d’une violence inouïe qui a surpris nombre d’observateurs. Mais qu’est-ce -qui fait hurler les loups conservateurs qui, par des habiles manœuvres de l’opinion publique, ont su convaincre une majorité d’américains que la réforme était chère payée…mieux que ce projet participait d’une forme de « rampant socialism » ?


Il se trouve que les principaux points du projet sont pour certains gourous conservateurs inacceptables dans l’esprit et dans la lettre : Les compagnies d’assurance ne pourront plus refuser de couvrir les enfants sous prétexte de pathologies préexistantes, ni imposer des tarifs plus élevés aux femmes et aux personnes ayant des problèmes médicaux. Le programme d’assurance-maladie va être élargi pour couvrir des personnes ayant des revenus allant jusqu’à 133 % du seuil de la pauvreté.


Vous avez compris l’enjeu idéologique et moral qui git au fond de cette problématique de la Santé publique au pays d’Abraham Lincoln. Jusqu’à présent la cabale conservatrice a su faire échouer tous les projets de réforme progressistes. Et un sénateur républicain avait promis au président Obama, une défaite à la dimension de celle de Waterloo que connu l’empereur français Napoléon. Toute chose qui donne à ce feu de barrage des Républicains américains une aura « épique » et fait de cette loi désormais votée par la chambre des représentants « l’ennemi public numéro un ». Ceux qui s’opposent à la loi disent que la question de la santé regarde les patients, leurs médecins et…les assureurs.


Le président Obama voit lui  dans cette loi une occasion de réparer une injustice sociale, de donner une égalité d’accès aux plus pauvres devant les soins médicaux, de même qu’il continue de plaider dans le domaine de l’éducation pour une « égalité des capacités ». En cherchant  surtout à actionner les leviers de l’encadrement étatique en faveur de ceux qui ont le plus de difficultés ou le moins d’appui familial et social, selon une théorie chère au français Jacques Delors, reprenant à son compte les idées d’Armatya Sen.


Le président Obama ne souhaite pas seulement réguler, mais réparer des injustices qui ne cadrent pas avec certaines valeurs de l’Amérique des  pères fondateurs. Il a montré sur ce dossier qu’il est un homme de conviction qui sait se battre pour des idées au risque de perdre des points dans les sondages.


Et sa persévérance a payé. Sa cote personnelle n’a pas pris beaucoup de rides et l’homme incarne encore le changement. De temps en temps, il gagne contre le « système » des points précieux qui balisent les chemins de victoires à venir, comme au temps des primaires ou l’on ne donnait pas chère de sa … peau.


Le Président américain a montré une incroyable résistance dans ce combat sans règles qui a semblé redéfinir les contours de l’Amérique. Tel un boxeur, il a été plusieurs fois acculé dans les cordes et a même vacillé. Au lieu du gong habituel qui annonce la fin des combats, c’est le marteau de Nancy Pelosi, la très compétente speaker de la chambre et alliée, o combien précieuse, qui a fait entendre le son de la victoire.


Une victoire à l’arracher mais conquise de haute lutte et qui est loin d’être celle de Pyrrhus.


Roody Edmé