08 décembre 2009
La nouvelle écologie politique ?

“L’eau est le premier maillon du
développement durable”. C’est la phrase-source qui débuta cette
semaine, sur TV5, un reportage à propos de fermiers indiens communément
appelés « les gardiens de l’eau ». L’Inde est de ces pays qui rivalisent en ingéniosité pour protéger
l’eau, une ressource stratégique menacée de disparition dans quelques
régions du monde. Dans certains villages de l’Inde millénaire, on
expérimente un procédé artisanal mais efficace de captage de rosée.
Goutte à goutte, le précieux liquide recueilli dans les « condenseurs »
de rosée sert au bout du petit matin à l’arrosage de plantes et autres
produits maraîchers. Sur un autre site visité par l’équipe de TV5, une équipe de
microbiologistes a développé une technique de nettoyage « bio » des
eaux usées. Les eaux usées sont récupérées dans des nappes où vont se
condenser les micro-organismes, puis les eaux débarrassées de leur
surplus de bactéries continuent de s’écouler vers des bassins destinés
à la pisciculture. Des scientifiques principalement indiens et brésiliens en raison des
nombreux challenges environnementaux auxquels sont confrontés leurs
pays ont développé un « marché » de solutions les unes plus originales
que les autres. Ces innovations ont le mérite de tenir compte du
casse-tête que représentent les coûts financiers de la mise en place
dans les pays du Sud de technologie douce non prédatrice de
l’environnement. Le sommet de Copenhague dans les prochains jours augure de décisions
importantes pour l’avenir du monde. Dans le sillage de Rio et de Kyoto,
on devra enfin passer à des mesures contingentes et résolues en vue de
la réduction du plafond global d’émissions de gaz. Les pays riches,
responsables historiques du phénomène devront selon les experts, agir
les premiers puisqu’ils sont à l’origine des deux tiers du stock de gaz
accumulé dans l’atmosphère et qui réfléchissent les rayons du soleil
dans une sorte « d’effet pare-brise ». L’Union européenne envisagerait de se montrer pro-active dans ce
domaine et prévoirait une réduction allant jusqu’à 40% du gaz échappé
des usines et voitures. Aux Etats-Unis, de nouvelles législations sont
préparées en vue de négocier en douce le passage d’un « american way of
life » pour le moins agressif à un mode de vie plus respectueux de
l’environnement. André Gorz, penseur écologiste avant la lettre, avait vu juste
lorsqu’il critiquait un mode d’organisation de la société fondé
uniquement sur l’efficacité sèche et brutale. Un mode de production
fabricant l’exclusion et mettant sous haute tension ceux qui ont la
chance de travailler, développant de nouvelles pathologies du mal-être
au travail aboutissant à ce qu’un psychanalyste a appelé : « chacun
pour soi et la solitude pour tous ». Cette crise générale de l’économie mondiale couplée aux menaces
écologiques est une occasion pour les penseurs du monde entier de
repenser nos modes de croissance et de développement. Haïti ne peut se permettre de ne pas poser les fondamentaux
écologiques de son avenir. Les réflexions autour de cette problématique
organisées tous les jeudis, depuis maintenant plusieurs semaines, aux
forums organisés par Arnold Antonin méritent un large écho dans nos
universités et au sein… des nombreuses plates-formes et regroupements
politiques qui se préparent aux grandes manœuvres électorales, mais
dont les projets de société demeurent jusqu’ici dans des généralités
trop longtemps ressassées. Il est temps de soumettre la rationalité du 21e siècle à des objectifs solidaires et écologiques, de mettre les équations mathématiques au cœur du bonheur humain.
Par Roody Edmé
« La planète a chaud » !
La menace écologique est bien réelle. Le
réchauffement climatique n’est nullement un exercice en futilité pour
« intellectuels blasés » et en mal de sensation. Depuis le sommet de
Rio en 1992, la sonnette d’alarme avait été actionnée mais elle eut
dramatiquement peu d’échos en termes d’initiatives concrètes et
résolues de la part des responsables politiques et économiques de la
globalisation. Les émissions de gaz à effet de serre auraient même accrues de 38%
au niveau de la planète depuis 1990. La hausse de la teneur en CO2 de
l’atmosphère provoque selon les experts, une acidification croissante
des mers dans lesquelles ce gaz va continuellement se dissoudre. Dans
le même temps, les événements climatiques de ces dernières années se
sont signalés par l’ampleur des catastrophes qu’ils déchainent alarmant
fort justement les météorologues et les structures de protection
civile, ici et ailleurs. La montée des eaux n’est surement pas une vue de l’esprit. Et
récemment sur une île du Pacifique désormais menacée, s’est tenue un
Conseil de gouvernement sous les eaux. Dans une simulation
spectaculaire destinée à frapper les imaginations ; des ministres en
équipements sous-marins ont tenu une réunion de circonstance… Des films de sensibilisation d’Al Gore et de Yann Arthus Bertrand
aux manifestations des sociétés civiles un peu partout dans le monde,
la question du réchauffement climatique chauffe les têtes les plus
froides. Et les « climato-sceptiques » ont du mal à convaincre
l’opinion que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les modes de vie et de consommation qui polluent ne sont pas
drastiquement remis en question et, nous sommes encore confortablement
installées dans « les années folles » précédant les grandes
catastrophes. Le monde hésite encore à trouver un accord politique global sur une
question de survie pour la planète et persiste à vouloir laisser du
temps au temps. Or le mauvais temps lui n’attend pas. Et à chaque été,
le golfe du Mexique se transforme en « antre du dieu Eole », d’où part
avec une tragique régularité des vents de plus en plus violents
transformant en fétu de paille, vies et biens se trouvant sur leurs
redoutables parcours. Le mythe selon lequel tout changement dans nos modes de vie nous
ramènerait « aux temps bénis » de la commune primitive est désormais
éculé. Il appert au contraire, que les efforts soutenus de créativité
et d’innovations que sous-tend une révolution technologique douce
impulseraient l’économie mondiale dans une dynamique nouvelle
annonciatrice d’un nouveau cercle vertueux. D’ailleurs, la Chine connue pour ses pas lourdement pesants dans ce
domaine se préparerait à surprendre tout le monde, lors du sommet de
Copenhague. Pékin annoncerait une réduction de gaz par point de son
PNB, tout en protégeant sa croissance actuelle, locomotive de la timide
reprise mondiale. La Chine considérée avec les Etats-Unis comme les canards boiteux de
la planète sur le plan des politiques énergétiques se propose de
dépasser les pays européens les plus écologiquement avancés. Quant à l’administration Obama, elle affiche pour l’heure des
prétentions plus modestes, trop modestes pensent certains, mais qui
tranchent tout de même avec le laxisme écologique de l’administration
Bush. Au sommet de Copenhague dans quelques jours, on parlera de
« l’hyperthermie » dont souffre notre planète. A son chevet se
presseront les chefs d’Etat du monde entier pour lui proposer des
thérapies aptes à faire baisser la fièvre. Mais gare à toute méthode placébo, car la maladie est loin d’être imaginaire.
Par Roody Edmé
