20 novembre 2009
Haïti existe encore…

Les ondes de choc positives parcourent l’ensemble de la société haïtienne. Tout se passe comme si, ce pays de « résistants » refusait inlassablement de mourir en dépit de l’accumulation des mauvais indicateurs sur de trop nombreuses années. La multiplication d’initiatives un peu partout au pays témoigne d’une surprenante vitalité et ne correspond nullement au bulletin de santé d’un pays que l’on s’empresse de qualifier de foutu.
Les femmes haïtiennes, « poto mitan » de notre société, ont donné l’exemple en deux occasions qu’elles pouvaient « repriser » une fierté nationale en lambeaux à l’instar du symbolisme historique de Catherine Flon avec le bicolore.
Au stade Sylvio Cator, elles ont redoré le blason empoussiéré d’un football haïtien en mal de victoires. Et du coup, le public reconnaissant a repris les chemins d’un Stade national trop longtemps déserté pour les diffusions cathodiques dominicales des championnats européens. Que dire de « Femmes en production », cette foire à succès qui met en avant la créativité de tout un peuple et son désir mal canalisé d’innover et de produire. Un effort dont on peut s’enorgueillir et qui s’appuie désormais sur des réseaux de production qui innervent à travers le pays et qui augurent d’une « renaissance » de la production nationale.
Notre capitale a rendez-vous, cette semaine, avec les nouvelles technologies, dans une foire scientifique particulièrement ambitieuse, qui dit long sur la volonté d’un secteur assez dynamique de notre société de ne pas limiter nos ambitions dans un domaine qui fit de l’Inde un pays émergent.
Certaines maisons d’édition commencent à produire pour le marché haïtien des manuels modernes répondant aux standards internationaux et qui auront un impact certain sur la qualité du service éducatif dans notre pays.
Musique en folie, a fait cette année la part belle aux écoles de musique. En plus d’être une activité commerciale qui fait de la zone de Tabarre, un centre d’exposition et un carrefour annuel de la musique haïtienne, le concept s’améliore chaque année dans un souci de promotion des nouveaux créateurs.
Des quartiers entiers de la capitale sortent progressivement de leur léthargie et les mairies tentent de mettre bon ordre à l’anarchie traditionnelle de nos rues… pendant que le plus grand paquebot du monde se prépare à jeter l’encre à Labadie.
Mais ce 18 novembre doit nous faire réfléchir sur les blocages à l’Université qui obscurcissent notre vision de l’avenir. Ils sont un puissant indicateur de l’intolérance crasse, qui afflige encore nos initiatives sociales et politiques. La guerre de « chacun contre chacun » nous empêche jusqu’ici de tirer le meilleur des meilleurs d’entre nous.
Et les manœuvres claniques plombent trop souvent certaines initiatives privées et publiques, alors que l’intérêt national commande des actions de plus en plus inclusives et participatives.
A un moment ou artistes et écrivains gagnent à la pelle des prix internationaux de plus en plus prestigieux, faisant résonner loin de nos frontières les échos glorieux de « nouvelles Vertières » ; la barque nationale est encore fermement à flot, en dépit de multiples avis de tempête.
Il reste pour les capitaines de l’heure de savoir éviter les manœuvres trop brusques capables de tout faire capoter à l’approche des « rives électorales ».
Par Roody Edmé
14 novembre 2009
« Mur à crever »


Vingt ans après la chute du Mur de
Berlin, un peu partout dans le monde, on revient sur un événement qui
changea le visage de la planète. Le 9 Novembre 1989, consacra le début
de l’implosion du bloc communiste sous l’effet de forces irréversibles
venues des fondements populaires des sociétés est-européennes. Ce
mouvement fascinant et irrépressible surprit dans son aboutissement les
spécialistes de la guerre froide des universités occidentales qui ne
pouvaient concevoir un monde sans la bipolarité Est-Ouest ou la
destruction mutuelle assurée. Depuis la fable de Jéricho, à chaque fois
qu’un mur s’effondre, on entend sonner dans notre inconscient les
trompettes de la libération. Je me souviens que dans certains milieux proches de la gauche
haïtienne, on avait mal lu le mouvement insurgé du syndicat polonais
Solidarité, l’assimilant à un coup tordu de la CIA américaine. Rares
sont ceux qui à l’époque avaient compris que des millions de
travailleurs en rébellion contre un régime « pro-ouvrier » n’étaient
pas forcément des marionnettes téléguidés depuis Washington, et que
c’était le début d’un certain effet dominos. Comme quoi l’Histoire se joue parfois des prévisions des experts et
imprime son sens à la marche du monde en accompagnant celle des
peuples. La chute du Mur symbolisa la fin de régimes autoritaires
sensés porter l’espoir d’émancipation des peuples, mais qui en fait se
figèrent dans la logique des blocs et la mise sous coupe réglée de
leurs populations. Les quelques victoires sociales obtenues ça et là
n’ont pas allégé la charpe de plomb qui pesa lourdement sur les
libertés publiques. Et à la faveur du vent de réforme venu de Moscou et
initié par Mikhaïl Gorbatchev, des forteresses « communistes » jusque
là imprenables dans la logique militaire conventionnelle s’effondrèrent
comme châteaux de cartes sur un sol mouvant et en fusion annonçant un
nouveau « printemps » des peuples. Seulement, la fin officielle du socialisme est-européen conduisit à
un triomphalisme arrogant de l’ultralibéralisme qui fonctionna sur mode
de pensée unique. L’idéologie du tout marché apparu comme un nouvel
évangile qui entraîna une partie de l’humanité dans des croisades
post-modernes. Très vite, les réflexes ethniques et nationalistes
plongèrent une partie de l’Europe centrale et orientale dans une
nouvelle barbarie sectaire et meurtrière aussi obscure que les limbes
moyenâgeux. Au lieu de tirer les leçons de la lutte des peuples contre le
totalitarisme, on s’empressa de proclamer la victoire d’un camp sur un
autre et de considérer avec condescendance les peuples est-européens
comme les « sous-développés » de l’Europe à la recherche du mode de vie
« supérieur » de l’Occident. La globalisation à visage mercantile fera le lit d’un fanatisme
religieux qui, au Proche-Orient se substitua au vieux nationalisme
arabe pour définir une nouvelle polarisation de la planète. On est donc
loin de la fin de l’Histoire tel que l’avait prédit Francis Fukuyama,
au contraire on est revenu au scénario anticipé du « choc des
civilisations » et à la montée des périls religieux et fondamentalistes
qu’ils soient islamistes ou chrétiens extrémistes. Le Mur de Berlin est peut-être tombé, mais des murs se construisent
partout pour barrer la route aux peuples qui ont la misère à leurs
trousses. Un peu partout sur la planète se construisent des murs
anti-émigrés qui sont motivés par cette « peur des barbares » dont
parle Tzevetan Todorov dans son dernier livre. Ajouter à cela, il y à
ce qu’il appelle les murs virtuels que représentent aujourd’hui selon
lui, des frontières infranchissables, comme celles de l’Europe et qui
est connu dans le vocabulaire des émigrés comme « le mur de Schengen ». A la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique se construit
aujourd’hui un mur de plus de 3.000 Kms et qui coupe le continent comme
une poire. Mais loin d’être équitable, cette séparation vise surtout à
exorciser la peur de l’autre. Un peu comme « le mur d’Hadrien protégeait Rome contre les barbares ».
Par Roody Edmé
05 novembre 2009
Le labyrinthe afghan !
Le deuxième tour des élections n’aura
pas lieu en Afghanistan. Et le tribunal électoral a proclamé Hamid
Karzai vainqueur des urnes. Un résultat obtenu suite au retrait de la
candidature de son principal rival Abdullah Abdullah et, qui dispense
la communauté internationale de devoir faire une opération de police de
tous les dangers pour sécuriser un second tour sur lequel les miliciens
talibans avaient promis de faire tomber les foudres de l’enfer. Les alliés occidentaux de l’actuel gouvernement Afghan semblent s’en
tirer à bon compte, car organiser un nouveau scrutin dans ce pays au
relief accidenté et truffé de guérilleros relève des douze travaux
d’Hercule. Cependant, les nouvelles sur le terrain ne sont nullement
réjouissantes. Les miliciens Afghans prouvent chaque jour leur capacité
de nuisance meurtrière et le président Karzai est depuis plusieurs
années le président de la ville de Kaboul, la capitale, et n’ose pas se
risquer à l’extérieur de son palais. De plus, ce gouvernement assiégé n’arrive à délivrer aucune des
promesses faites pendant les huit dernières années d’une administration
réputée corrompue. Et l’Occident perd le « Nord » dans cet Orient
mystérieux et rebelle aux valeurs occidentales. L’insurrection qui fait
rage dans ce pays est multiforme : religieuse, ethnique et
nationaliste, elle est plantée dans un décor sur fond de culture
foisonnante de pavot. Le nerf de la guerre interminable qui ronge ce
pays jusqu’aux os. La vérité est que l’Afghanistan n’est qu’une des lignes de front du
combat contre al Quaïda. La nébuleuse terroriste est tout aussi
présente au Pakistan et ailleurs et son déploiement meurtrier et feutré
constitue un grand défi pour les stratèges américains et européens. D’où le casse-tête du président Obama qui doit sur la demande du
général Stanley Mc Cristal, responsable des opérations sur le théâtre
afghan, déployer encore plus de troupes sur le modèle passablement
réussi par le général Petraeus en Irak. Mais plus de troupes signifient
aussi plus de pertes et enverraient un signal à l’opinion publique aux
Etats-Unis que le désengagement n’est pas pour demain. Le président Obama par prudence doit suivre les conseils de son
général sur le terrain, mais aussi les points de vue qui émanent dans
son propre camp, du sénateur Kerry et de son vice-président Joe Biden
qui préconisent une guerre moins classique qui s’appuierait sur le
renseignement et les frappes ciblées à partir des petits avions de type
drones. Il semble qu’il adoptera une solution hybride et coupera la poire en
deux entre les vues du Pentagone et celles de son équipe diplomatique.
En même temps qu’il fait pression sur le Pakistan pour plus d’actions
contre les Talibans regroupés à la frontière avec l’Afghanistan. Mais les dernières élections qui ont vu la victoire sans gloire de
Karzai, suite à un retrait « stratégique » de son rival ont enlevé aux
alliés occidentaux, une partie de la légitimité démocratique nécessaire
aux futures opérations sur le terrain. A un moment crucial où le général commandant des troupes de l’OTAN
souhaite gagner la bataille des esprits et des cœurs de la population
afghane, ces élections « chanpwel » viennent vampiriser tout projet
dans ce sens.
Par Roody Edmé
