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AILLEURS VU D'ICI (depuis Haïti)

Un blog d'analyse de l'actualité en Haiti et à l'étranger - des sujets en rapport avec l'Afrique seront aussi abordés. Certains textes ayant rapport avec les littératures du monde seront aussi traités.

22 juillet 2009

« Des innocents aux mains sales »

Le vendredi 17 juillet, la marche en faveur de la protection de l’environnement a été très sérieusement contrariée par un groupe de « jeunes » manifestants qui estimaient ce jour-là avoir des causes plus justes à défendre et qui en imposaient aux autres. On sait comment finissent toujours les causes à prétention hégémonique qui justifient toutes les dérives et autres gâchis, hélas sanglants, qui ont endeuillé l’histoire des peuples.

On ne sait que trop ce que les vérités révélées des « gourous » de droite comme de gauche ont fait du 20e siècle, devenu le plus meurtrier de tous.

Il y avait toujours, par le passé, au bout des pogroms et autres exterminations d’une classe ou d’une race d’exploiteurs, la promesse d’un monde meilleur… débarrassé des « exploiteurs » et des ennemis de l’humanité.
Tout cela s’est terminé douloureusement avec des bilans plus ou moins désastreux et un goût de fiel à la bouche de ceux qui n’ont pas malgré tout renoncé à leurs idéaux.

Le commando de « jeunes » du 17 juillet avait la mine et l’attitude hystérique de ceux qui pensent être « historiques », ceux qui se croient tout permis, même d’interdire aux autres de s’exprimer, les autres pris ici dans le sens de « zòt », les ennemis, les intellectuels au service de classes dominantes, les paysans aliénés, les artistes « sousous » des bourgeois. Sans parler du petit peuple qu’il faut de force conscientiser par une avant-garde vociférante et qui sait se faire menaçante. Cela commence à faire beaucoup de monde dont il faudra se débarrasser et, après, il restera un pays « tout propre », un pays de purs où règnera un turbulent silence, un monde à penser unique, l’envers de l’autre que l’on dénonce aujourd’hui avec une autre terminologie, mais pourri par la même peste de l’intolérance et…de l’exclusion. Il ne peut pas s’agir, je crois, de remplacer une exclusion par une autre, mais de construire un pays pour tous les Haïtiens.

Ces « jeunes » à qui une culpabilité petite-bourgeoise permet tout, pardonne tout, sont les gagnants solitaires et totalitaires d’une expérience démocratique en panne de valeurs, d’un déficit de citoyenneté et d’une exclusion qui fait le lit des extrémismes.

La bataille démocratique en Haïti doit être ouverte et non verrouillée autour de quelques revendications plus « justes » que les autres. Beaucoup de ceux qui étaient « agressés » lors de la marche avaient soutenu les revendications étudiantes, sans appuyer les casses, mais l’extrémisme ne connait pas la nuance…et n’accepte que la fidélité aveugle et la destruction sur ordonnance. L’Histoire est pleine de ces cuisiniers de la terreur qui, de leurs fours crématoires, ont fait de bien « sanglantes omelettes ».

Je ne sais si les actions du « commando » de trublions ont été assumées par une quelconque organisation étudiante, mais la méthode expérimentée ce vendredi relève beaucoup plus d’une fascination pour le vide et la mode du « suicide collectif » qui façonne les luttes politiques du nouveau siècle.

Déjà en 1932, Berthold Brecht s’interrogeait : « Quand la culture en plein effondrement sera couverte de souillures, presqu’une constellation de souillures, un véritable dépotoir d’immondices ; quand les idéologues seront devenus trop abjects pour s’attaquer aux rapports de propriété, mais trop abjects aussi pour les défendre…quand les mots et les concepts n’ayant quasiment plus rien à voir avec les choses, les actes et les rapports qu’ils désignent…quand règnera la plus sanglante censure de toute pensée, mais qu’elle sera superflue parce qu’il n’y aura plus de pensée…oh, alors la culture pourra être prise en charge par le prolétariat dans le même état que la production en ruines… ».

Ce n’est nullement exagéré que de dénoncer les manifestations même « juvéniles » de l’intolérance, de pointer du doigt une dérive contre-productive pour les étudiants eux-mêmes et la sincérité de leur lutte. S’il faut dénoncer le fait que « certains soient plus égaux que d’autres », le chantage idéologique et la terreur intellectuelle ne peuvent conduire qu’à des lendemains qui déchantent.

Ce vendredi 17 juillet, la queue mal dissimulée de la méduse totalitaire s’est pointée encore une fois au détour de nos rues.

Roody Edmé

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13 juillet 2009

Divorcer avec l’impuissance

La chambre de commerce et de l’industrie d’Haïti a présenté aux représentants des principaux médias de la capitale, la nouvelle structure d’une chambre patronale véritablement nationale. Le 9 juillet dernier à l’hôtel Montana, les membres du Conseil d’administration de la CCIH composés de présidents des chambres régionales ont voulu offrir un exemple de décentralisation effective et de coopération régionale et nationale pour un élargissement du monde des affaires et un changement fondamental dans l’environnement économique du pays.

Il s’agit selon le Dr Réginald Boulos de réunir le monde des affaires dans une perspective d’intégration des entreprises du secteur informel et en finir ainsi dans ce domaine avec l’exclusion. Bref, en finir avec « le business as usual » en changeant les paradigmes dans un secteur important pour la création de richesses et le développement du pays. Les membres de la nouvelle chambre de commerce Nationale ont profité pour parler de la Chambre de commerce de l’Ouest, fille de la CCIH et qui se prépare à développer un ambitieux programme constitué de débats avec les secteurs vitaux de la vie nationale mais aussi d’initiatives visant à la facilitation de la création d’entreprises.
Toute chose qui nous intéresse ici au Matin, quant on songe à l’enclavement dont souffre le climat des affaires dans notre pays et de la nécessité de créer plus d’entreprises petites et moyennes pour combattre le chômage endémique et mettre ce pays au travail.

Il appert des discussions qui ont marqué la rencontre, que les femmes et hommes d’affaires haïtiens sont conscients de la nécessité de s’ouvrir à une saine concurrence locale et que ce secteur vital de l’économie veut renverser la vision fataliste du « nou lèd nou la ». La vertu des actuelles démarches est la mise en place de puissants leviers pour changer les réalités économiques en luttant contre les méfiances régionalistes et ou les tentatives hégémoniques d’une chambre unique et centrale.

L’accouchement s’est fait au forceps mais les couches sont parait-il heureuses et augure d’une vision renouvelée d’un monde des affaires plus dynamique, plus intégré, et décidé à s’impliquer ouvertement dans la construction de l’avenir d’Haïti.

Les confrères de la presse ont paru sensibles au suivi des initiatives annoncées, échaudés qu’ils sont par cette « maladie infantile » de notre culture entrepreneuriale public ou privé qui est l’absence de continuité…et les femmes et hommes d’affaires ont paru déterminer à avancer sur une voie qui a fait rêver un confrère, qui craint par-dessus tout un réveil brutal de nos obsédantes réalités.

Il est sûr que la voie de développement de l’économie haïtienne passe par des initiatives audacieuses qui changent les perceptions des uns et des autres et qui fasse entrer notre pays dans une ère de justice sociale et de création de richesses. Car on ne peut « socialiser » la misère, il faut accepter la transformation de notre modèle de production et rompre avec les approches étriquées dans la politique d’Etat comme dans les affaires pour sortir notre pays du marasme et de la division stérile et…contre-productive de « nèg anwo et nèg anba ». Le débat actuel sur le salaire minimum a montré les vertus d’un débat scientifique « viril » mais sain, accepté par toutes les parties, nonobstant les dérives du début. Notre société se prépare à entrer dans l’âge du politique et les positions même tranchées font fleurir mille fleurs et s’épanouir mille idées en vue de repenser le social haïtien dans le sens des intérêts biens compris des uns et des autres avec pour « bottom line » celui du bien commun.

On peut assumer une dynamique des classes sociales sans forcément aller à l’auto-destruction.

Roody Edmé

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