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L’émission de Wesner Désir sur la TNH, « Questions de société », s’est transportée, cette semaine de célébration de la fête du drapeau, dans une des facultés de l’UEH. Un débat intéressant et animé a eu lieu entre des spécialistes en génie rural et agronomique et des étudiants de ces mêmes branches scientifiques.

Il s’est agi, selon le principal animateur de l’émission, de confronter les points de vue de techniciens déjà aguerris sur les épineuses questions d’environnement et de développement avec ceux de la communauté universitaire.

Le débat fort intéressant a donc porté sur les problèmes cruciaux de l’environnement et, particulièrement, le cas des Gonaïves a été âprement discuté. Le débat a en outre permis de mettre en lumière la nécessité de politiques vigoureuses et de choix stratégiques clairs appelant à un consensus national.

Il est apparu, tout au long de la discussion, que les problèmes de l’espace haïtien invitaient à une redéfinition du « projet national de développement » qui, selon l’agronome Joël Ducasse, un des panélistes, n’est jusqu’ici qu’une reproduction en continue de la paupérisation d’Haïti.

Georges Brunet, Alexander Von Ligneau et Joël Ducasse ont démontré avec clarté que, s’agissant de l’abîme écologique au bord duquel nous sommeillons, on ne saurait adopter de demi-mesures…sinon la chute sera terrible. Et le réveil aura le goût amer du « si nou te konnen ». Si l’ingénieur Brunet pense qu’il faut des projets de plusieurs milliards de dollars qu’il faudra se résoudre à aller chercher…l’agronome Ducasse croit qu’en mobilisant nos maigres ressources et surtout en utilisant de manière intelligente celles qui nous viennent de la diaspora, on pourra faire une différence.

Toujours est-il que , dans ce domaine comme dans d’autres, il n’y a pas de panacée, compte tenu du fait que notre État, comme l’écrivait déjà, depuis les années 30, le Dr Jean Price Mars, est frappé d’une « impécuniosité » débilitante. Il faudra donc poursuivre le débat pour trouver des solutions originales, tout en commençant à mettre en branle des leviers qui témoignent d’une prise en charge par l’État haïtien et l’ensemble des citoyens de l’espace commun.

Et justement en ce qui concerne le volet mobilisation, un très large regroupement d’organisations de la société civile et de groupes populaires de base se sont réunis à l’Hôtel le Plaza au Champ de Mars pour, avec des spécialistes de l’environnement, engager une réflexion-mobilisation autour des menaces qui pendent à l’horizon. Comme pour dire que la question environnementale est trop sérieuse pour être laissée uniquement aux pouvoirs publics.

Cette mobilisation pourrait être le sursaut vital d’une société qui refuse la mort lente mais assurée par asphyxie des rochers coralliens et l’hémorragie de plus en plus abondante des terres arables. Une saignée à mort qui vide l’espace haïtien de ses ressources vitales. Au moment ou nous écrivons ces lignes, certaines de nos forêts sont sabrées au clair par quelques personnes qui prennent un gage diabolique sur notre avenir.

La mobilisation annoncée par le Collectif réuni, pendant deux jours, les 25 et 26 mai, dans les assises du Plaza, devra être permanente et imposer aux forces politiques et à l’Etat un nouvel agenda citoyen qui marierait production nationale et régénération de l’écosystème. Un engagement au-delà du simple slogan pour une Haïti verte.
Mais surtout pour une longue marche salvatrice en faveur de notre environnement, et sans « rale mennen vini ».

Roody Edmé