Il est venu le temps de l’audace pour sortir notre pays de l’humanitaire et oser l’avenir. Le secteur privé haïtien a semblé donner le ton par une série d’initiatives et une prise de parole refondatrice du nouveau président de la Chambre de commerce désormais nationale, le Dr Réginald Boulos, le 28 janvier dernier à l’hôtel Montana (voir édito de Sabine Manigat , Le Matin 26 janvier).

Le monde des affaires entend donc jouer pleinement son rôle dans la définition d’une nouvelle politique économique loin des sentiers battus du « business as usual ». Il s’agira désormais d’adopter une posture plus moderne et intégratrice en synergie avec les autres secteurs vitaux de notre société dans le cadre d’un projet commun de pays. Jusqu’ici, chez nous, les relations historiques entre le « prince » et le « marchand » ont toujours été marqués au coin du conflit et/ou de la vassalisation. La méfiance et la guerre froide n’ont plus leur place par ces temps de crise qui sont souvent des occasions de se dépasser et de changer d’attitude.

La nécessité de « changer de paradigme » et de sortir du cul-de-sac idéologique de « neg an wo » et « neg an ba » participe d’un effort pour changer une lecture sociologique de « notre société figée dans l’histoire ».

Pour sortir de la pauvreté, il faudra produire de la richesse et assumer qu’elle ne vient pas nécessairement du diable et surtout si elle tient compte du bien commun.

Un discours modernisateur commence progressivement à gagner le corps social haïtien et à secouer le poids des traditions nous éloignant du « caponage » politique des uns et de la guérilla économique des autres. Les Chambres de commerce multiplient les initiatives novatrices et l’État tente d’organiser un dialogue autour d’une politique économique pour le 21e siècle.

Dans ce contexte, le lancement, le vendredi 23 janvier, du projet « Oasis » à Pétion-Ville est un sérieux coup de fouet à la torpeur ambiante. Sous la direction d’un jeune et fougueux capitaine d’industrie, Jerry Tardieu, et d’un aréopage d’actionnaires volontaristes d’ici et de la diaspora, ce projet ambitieux d’hôtel, d’un centre commercial moderne, de restaurants first class et de jardins botaniques devrait amorcer le retour de notre pays sur une carte touristique régionale abandonnée depuis les années 50.

Sur le site du projet gisent les restes encore glamour de la villa restaurant Picardie qui était le lieu de prédilection des stars hollywoodiens comme le couple emblématique du cinéma des années 60, Richard Burton et Elisabeth Taylor. Qu’il est bon de plonger dans nos souvenirs, non pour se lamenter, mais pour en tirer le meilleur et aider le pays à renaître de ses cendres. C’est cette foi dans l’avenir que Jerry et toute l’équipe du Conseil d’administration du projet tentent d’entretenir en appelant d’autres actionnaires à se joindre à eux dans cette patriotique équipée.

Ce vendredi 23 janvier a été, pour les nombreux invités, l’occasion de rêver à la finition de ce projet commercial et touristique qui pourrait constituer un important centre d’attractions socioculturelles en convergence avec les réalisations que projette le ministère du Tourisme sur la Côte des Arcadins. La commune de Pétion-Ville, qui nourrit d’autres projets ambitieux à caractère social et culturel, prendrait alors le leadership d’un grand mouvement de réhabilitation touristique de l’agglomération de la capitale.

Prétentieux, me direz-vous ! Mais pourquoi ne pas y croire comme ces femmes et hommes d’affaires qui ont investi dans un environnement réputé à risques, parce que c’est leur pays et qu’il leur appartient avec d’autres forces vives du monde ouvrier, à l’instar de cet artisan émérite du nom de Boss Maco, honoré ce soir du 23 janvier de transformer et de développer ?

Il importe de souligner l’effort d’accompagnement de l’État haïtien à travers toutes sortes de facilités douanières accordées à « Oasis » pour diminuer les coûts de ces investissements porteurs pour l’économie nationale. Avec un partenariat public-privé exemplaire dans ce projet, il ne sera plus dit que depuis la Citadelle, les Haïtiens auront perdu leur audace grandiose de construire.

Après la fuite des cerveaux des années 60 et celle des capitaux des années 80, le pays s’est vidé de sa substance à flots insoutenables et les pays de la région ont attiré nos potentiels investisseurs comme le fait l’aimant avec la limaille de fer. Ne dit-on pas que les meilleures orchidées du monde sont produites par un grand entrepreneur haïtien installé à vol d’oiseau de nos frontières ?

Ce pays est fatigué de voir, comme des hirondelles, s’envoler sous nos cieux des myriades d’opportunités pour aller se poser sur une branche…voisine. Le projet « Oasis » n’est qu’un commencement qui devra faire reculer le « désert », et redonner confiance en la terre de nos ancêtres.

La seule chose que doivent craindre les forgerons de l’avenir, « c’est la peur elle-même », affirmait Franklin D. Roosevelt, pour rester dans une certaine actualité américaine inspirante ces jours-ci.

Roody Edmé