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L’année 2008 a vu le commencement de la fin d’une certaine conception de la mondialisation. Celle marquée au coin de «l’impérialisme démocratique » reposant sur la certitude que Washington sait ce qui est bien pour le reste du monde.

La tendance néoconservatrice qui a pris le pouvoir à l’aube du nouveau siècle s’est vu légitimer par un « new day of infamy », le 11 septembre 2001, le « jour où la terre s’arrêta » suite à l’effondrement des tours jumelles du World Trade Center.

Nul doute que certains hommes forts de l’administration américaine vécurent cette tragédie des tours jumelles coupées en deux comme une horrible castration. Les conservateurs au pouvoir se devaient donc de répondre « aux affres d’un défi » qui allait provoquer une montée d’adrénaline dans le gotha militaro-politique restreint autour du secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfield.

La voie était désormais ouverte à toutes les aventures et aux projections de puissance d’où était bannie toute nuance. Ce fut la déroute des réalistes et des intellectuels libéraux «dévirilisés » par les pragmatiques qui crurent dur comme fer que la guerre était désormais la nouvelle façon de faire de la politique.

Fini le doute méthodique, advint le temps des certitudes : l’Amérique était en guerre et les dialecticiens devaient regagner leurs campus. Le 21e siècle serait une affaire de « grandes personnes ». Une nation, désarçonnée par l’audace et la traîtrise de l’attaque aérienne sur New York, était prête à suivre au bout du monde « les nouveaux cavaliers de l’apocalypse ».

Un certain terrorisme rampant et meurtrier renforçait les néoconservateurs dans leur résolution de transformer le monde par la puissance ; d’autant que cette puissance était réelle et que jamais pays n’a joui d’une domination aussi totale dans l’Histoire du monde.

Et ce fut la guerre afghane sur la piste de Ben Laden avec l’appui d’une large fraction de l’opinion occidentale choquée par la violence de l’attaque sur la capitale économique du monde, ville internationale par excellence. Puis l’aventure irakienne commença à insérer le doute dans l’esprit du reste du monde abasourdi par la nouvelle doctrine des frappes préventives et de la chasse à courre aux terroristes partout dans le monde.

L’intervention en Irak et son enlisement apparurent dès lors comme un « pion cochon » dans un damier truqué. Entre-temps, le vent tourne à Washington et le président Bush remplace Donald Rumsfield par un fonctionnaire efficace et qui n’aime pas faire des vagues, le sieur Robert Gates, un homme de l’ombre, venu de la CIA et qui fera, avec le général David Petraeus, stratège reconnu des meilleures écoles militaires américaines, une paire qui aura la prétention de faire la paix en Irak. L’ancienne Mésopotamie s’est effectivement stabilisée dans le moins pire, mais demeure aussi fragile qu’une pile de faïences sur une table croulante.

Depuis ce lent retour du balancier, les projets du grand Moyen-Orient démocratisé n’ont pas été mis dans les cartons, mais revus drastiquement à la baisse. L’Iran «électron libre » de l’activisme politique au vu d’une certaine presse arabe se positionne en puissance régionale qui répand dans la région « la bonne parole » du shiisme et se veut de temps en temps la caisse de résonance de la rue arabe.

Israël , de son côté, traîne comme un boulet la disparition de Sharon et est depuis quelque temps dirigé par le cadavre politique d’un Olmert, ombre de lui-même. Tel Aviv se laisse ainsi de temps en temps entraîné dans l’enfer vert du Hamas, une organisation palestinienne radicale dont la capacité de harcèlement n’est plus à démontrer. La feuille de route, initiée par l’administration Bush pour un règlement du conflit bien que trop froissée pour la suite du processus, constitue néanmoins une excellente base de travail qui pourrait servir de repère à la nouvelle administration américaine.

La politique néoconservatrice de ces huit dernières années a par ailleurs mis à mal le multilatéralisme dont les Nations unies sont censées être l’instrument privilégié. L’organisation oscille entre des réformes enclenchées par l’ancien secrétaire général Kofi Annan et l’attitude prudente de Ban Ki Moon qui doit naviguer à vue entre les pressions de Washington et les revendications des puissances émergentes, Chine, Inde et Brésil , à plus de participation dans les affaires du monde.

D’autant qu’à l’Est, il y a du nouveau, Poutine et Mevvedev jouent aux « come back kids ». La Russie, riche de ses appâts pétroliers, refuse de jouer les seconds couteaux dans la politique internationale. Une Russie dont la victorieuse intervention militaire en Géorgie et le défilé récent de sa flotte en Amérique du Sud témoignent d’une volonté marquée du retour à une sorte de configuration géopolitique bipolaire. Quant à l’Amérique du Sud, qui vient d’écrire une nouvelle et importante page de son histoire (Lire ci-contre l’analyse de Sabine Manigat), elle tend à s‘affirmer dans le jeu politique mondial et dans la recherche de convergence d’intérêts de ses composantes.

Autant de questions qui ne préoccupent plus une administration Bush sur le départ et qui attendent un gouvernement Obama. Les Etats-Unis, que ce dernier se prépare à diriger, sont malades de leur économie et souffre d’un problème d’image.

Le réchauffement de la planète financière va nécessiter de nouvelles approches qui porteront à revoir les fondamentaux du marché. Il faudra arrêter d’adorer le veau d’or de l’argent facile sans tomber dans les anciennes idolâtries étatiques. Contourner la «boursocratie » de Wall Street sans revenir à un paléo marxisme et son corollaire, la bureaucratie d’État, dénoncé par le théâtre de Gogol.

Sans se laisser aller à des clichés sur la fin de l’Histoire, il reste que le monde de 2009 devra se prendre en main pour refaire l’Histoire par l’innovation technique, le désamorçage de la bombe alimentaire et une mondialisation à visage humain.

Ce n’est même pas un vœu pieux, c’est une vitale nécessité !                   

Roody Edmé