linguabadge_fr

« Mais c’est un 11 Septembre indien », s’est écrié un correspondant occidental en poste à Bombay, capitale économique de l’Inde émergente. Au vu d’une bande de gamins sanguinaires tirant sur tout ce qui bouge, la peur et le scepticisme se sont emparés d’une partie de la planète. La condition de l’homme guetté par l’absurdité de la mort gratuite et violente nous renvoie à des considérations toutes philosophiques.

Après l’épopée nihiliste du nazisme qui conduisit à des massacres à l’échelle industrielle, nous voici dans ce nouveau siècle aux prises avec une forme de destruction rampante qui est la négation du fameux « je est un autre » de Rimbaud.

Le terrorisme de destruction massive semble n’être pas prêt d’être éradiqué, d’autant que le carburant qui alimente ce feu destructeur trouve une source inépuisable dans les injustices qui accablent notre planète. Il semble qu’il n’est pas facile d’être musulman en Inde, pourtant la plus grande démocratie du monde. Les rivalités interethniques entre hindous et musulmans ont toujours menacé la cohésion nationale de ce grand pays, terre de pacifisme et de non violence.

Certains fanatiques se sont fait à l’idée que les chemins qui mènent au paradis passaient par le déclenchement de l’enfer sur terre. Voltaire, qui a vécu trois siècles avant nous, dénonçait l’absurdité de certaines « boucheries héroïques». Aujourd’hui, une mécanique déréglée de la mort fauche tout sur son passage, et les meilleures cibles sont celles qui sont sans défense. Les membres du commando de Bombay savaient qu’en visant des
Occidentaux, ils auraient toute la publicité nécessaire, certaines morts étant plus médiatisées que d’autres. Il s’agit, par ces temps de révolution technologique, de donner le plus possible la mort en direct et de faire peur à l’Occident au risque d’entraîner la planète dans cette fameuse « guerre de civilisation » prophétisée par des intellectuels et à laquelle travaillent des mains expertes aux quatre points cardinaux.

Mais qui sont donc ces jeunes qui ont écrit l’histoire sanglante de Bombay ? La sophistication de leur attaque fait penser à une grande planification qui pourrait bénéficier du support logistique de services secrets redoutés dans la région, le fameux ISI pakistanais. Ces derniers seraient en train de se venger de l’actuel chef d’État, Monsieur Zardary, veuf de Benazir Bhuto, qui aurait lancé une vaste réforme des services de renseignement, véritable État dans l’État. Et l’opération de Bombay serait un « ti dife boule » destiné à embarrasser le chef de l’État pakistanais qui cherchait, depuis trois semaines, à se rapprocher de l’ennemi traditionnel indien et de l’Amérique de Barak Obama plus fréquentable aux yeux de certains musulmans modérés que celle de Georges Bush.

Aux dernières nouvelles, les membres du commando seraient de provenance différente, ce qui avalise la thèse de complot international qui arrange les autorités indiennes soucieuses de présenter un front national uni contre ce mal qui répand la terreur.

Pour l’heure, personne ne sait où se situe le cœur de l’araignée qui a tissé sur Bombay sa toile de deuil. Quelle peut être la réaction d’une Inde humiliée et atteinte de plein fouet par le sabre d’un guerrier de l’ombre ? Il existe une terrible légende de tigres blessés du Bengale...

Le président Obama avait raison, l’épicentre de la bataille anti-terroriste est dans les montagnes afghanes et les lignes de failles s’étendent à l’Océan indien.

La semaine dernière, la désignation de son équipe économique a mis dubaume à Wall Street qui a terminé sur sa plus forte hausse en trente-quatre ans. Il doit, ces jours-ci, penser sérieusement à son Conseil national de Sécurité.

Roody Edmé