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Les interventions du Centre national d’équipements sur différents sites dévastés de l’espace haïtien ont eu des résultats qui ont frappé l’imagination de plus d’un. Tout se passe comme si ,avec un peu de détermination et de zèle patriotique, on peut soulever des montagnes et rétablir dans un temps record la circulation à Malpasse, reconnecter le grand Sud au reste du pays et réhabiliter une partie des infrastructures à Cabaret. Alors qu’aux Gonaives, une bataille titanesque se poursuit contre une boue qui colle obstinément à la ville.

Les parlementaires présents sur le terrain ont, devant les caméras des televisions, exprimé leur satisfaction suite aux interventions décisives de la compagnie nationale en campagne à travers le territoire. Et on parle de décentraliser le CNE et d’en faire un parc stratégique d’engins lourds dans les principaux départements du pays pour des travaux d’urgence qui ne peuvent pas attendre études et appels d’offre.

L’État disposerait ainsi d’un bras mécanique assez long pour participer aux travaux d’aménagement d’un territoire abandonné depuis si longtemps qu’il tend à devenir le tombeau de ses habitants. Une politique d’équipement national est donc en train de se mettre en place et c’est de bonne guerre. Une nation capable de répondre à certaines urgences premières fait un pas qui coûte sur le chemin de la souveraineté et entame le commencement de la fin d’un long processus d’impuissance crasse et de paralysie stérile sui généris aux États impotents.

Toujours est-il qu’il faut faire les inventaires et mettre en place des procédures de verrouillage d’urgence des véhicules en cas de crise ou de changement démocratique de régime. Car notre pays est coutumier du fait du saccage systématique des propriétés de l’État dans les périodes d’interrègne. C’est à ce moment que se mettent en place les pillages et autres dispositifs destinés à plomber l’administration publique et qui la transforme en boulet pour tout nouveau gouvernement.

Les résultats fournis en peu de temps par le CNE qui est intervenu en même temps dans les régions les plus affectés sont symptomatiques de ce que nous pouvons faire en situation d’urgence, il reste à continuer l’effort sur le long terme et à transformer cette compagnie d’engins lourds en autant d’unités de lutte contre la malédiction des détritus qui finissent toujours par renaître de leurs cendres.

Un photographe d’Haïti en Marche a laissé traîner sa caméra devant le nouveau marché construit par les Vénézuéliens déjà encerclé par un barrage de déchets qui menace d’envahir l’espace flambant neuf, don de la coopération d’un pays qui n’a jamais cessé de clamer sa dette historique pour notre République.

Le Matin du mardi 28 octobre 2008 titrait « Une bulle au soleil » pour relever le retour victorieux des fatras sur la voie publique après l’opération coup de poing du ministère à la Jeunesse et aux Sports. Toute chose qui appelle à la vigilance des élus et autres autorités en ce qui a trait à la continuité des politiques publiques. Ce journal attire encore une fois l’attention des autorités et des citoyens sur la nécessité d’un réveil civique pour sortir de l’indigence et de l’ornière de l’insalubrité.

Nul doute qu’une fois les impressionnantes machines du CNE redéployées dans nos principales villes à la fin de l’actuelle mission d’urgence, elles viendront en support aux mairies pour le nettoyage et les réfections d’urgence de nos rues lacérées par les pluies.

À un moment où l’on parle d’un ambitieux projet de logements sociaux pour Cité Soleil, toujours avec la coopération vénézuélienne, il serait de bon ton que nous rendions salubre l’environnement qui servira de plate-forme à ces programmes de solidarité avec nos populations les plus vulnérables.

Une manière de leur témoigner, sur la terre de nos ancêtres, un respect qu’ils ne sont pas près de trouver nulle part ailleurs.

Roody Edmé