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Le monde est en train de changer ! La plus grande puissance du monde dont le modèle fascine et inquiète est en pleine révolution, sorte de retour du balancier après la déferlante conservatrice. Barak Obama a fait tomber des murailles de préjugés érigés depuis des siècles et qui paraissaient inébranlables dans leur absurde éternité.

Cette semaine, la plus grande démocratie du monde a pris un coup de jeune. Elle inspire désormais le monde entier et donne envie à des millions de jeunes de par le monde de reprendre en main leur destin.

Jamais mobilisation n’a été aussi intense depuis plusieurs décennies dans un pays qui avait semblé divorcer d’avec la politique. Les jeunes s’occupaient de leur avenir sur un plan strictement individuel et le pays était quasiment sur pilotage automatique. Cette élection a fait souffler sur l’Amérique un souffle nouveau qui a remis en marche tout un peuple dans un bel élan de diversité inspirant la planète entière.

Désormais, le rêve américain ne veut plus seulement dire réussite économique et liberté, mais aussi l’espoir d’un rêve multiethnique d’habiter enfin une grande nation.
                     
Le jour historique du 4 novembre qui a vu tout un peuple redonner au bulletin de vote son pouvoir symbolique est symptomatique du retour de la participation politique dans une société qui a connu plusieurs années de crispation et de démobilisation, un vide mal comblé par un patriotisme cocardier et guerrier. Lisez plutôt : un jeune Noir qui attendait patiemment depuis cinq heures dans une interminable file d’attente confie à un reporter de US Today : « Qu’est-ce que cinq petites heures en comparaison de trois siècles d’attente ».

En fait, l’effet Obama qui a fait mentir l’effet Bradley a donc détruit les bactéries du racisme dont les germes bien vivants sont pour le moment des cellules dormantes qui pourraient vouloir « gate manje a ». N’empêche que le moment mérite qu’on s’y arrête et qu’on l’immortalise pour la postérité.

Cette campagne électorale nous a permis d’assister à un vrai débat entre des idées du passé et celles de l’avenir. Une opposition de style entre une Amérique sûre de sa puissance économique et militaire et des « États-Unis » riches de leur diversité et voulant croire dans les idéaux de leurs pères fondateurs et surtout dans le pouvoir de réinventer la vie.

Le président Obama est un Américain qui défendra les intérêts d’une hyper puissance et, en cela, il en heurtera bien d’autres. Il ne faudra pas attendre de lui qu’il change soudainement la trajectoire de la « fusée américaine ». Mais le nouveau pilote incarne les espoirs parfois contradictoires du monde et de son pays engagés dans des turbulences économiques qui sont loin de s’estomper, et pour lui échouer n’est presque pas une option.
Le lecteur n’oubliera certes pas que l’Histoire n’est pas un beau poème et qu’il est souvent écrit en une bien ennuyeuse prose. Mais des personnages comme Gandhi, Mandela, ou Obama nous donnent parfois à lire de grands récits homériques qui redonnent du sens à l’engagement politique.

Depuis ce 4 novembre s’écrit donc un nouveau chapitre de l’Histoire dont Francis Fukuyama s’était empressé de prédire la fin avec la chute de l’Union soviétique, alors que le 21e siècle a en fait commencé ce « D Day » des élections américaines de 2008.
                  
Ce grand « livre » qu’est l’Histoire a encore de belles pages à nous livrer et qui devront être écrites par les jeunesses du monde. Je rêve d’une Amérique dont le leadership saurait qu’on a toujours besoin d’un « plus petit que soi».
Je rêve encore comme nous le conviait l’initiateur de la marche sur Washington, le Dr King à qui les fourmis ont dû apporter la nouvelle de la victoire d’Obama, comme le veut un dicton de chez nous d’un monde enfin plus respectueux du droit des peuples aussi pauvres soient-ils. Un jeune étudiant haïtien aux États-Unis nous a confié qu’une de ses professeurs, conservatrice bon teint, a raconté en classe avoir pleuré lors du discours d’Obama. Comme quoi la vérité toute nue transcendait les différences idéologiques comme l’a montré un John Mc Cain, élégant perdant de cette inoubliable soirée.

En vérité, en cette pré-saison des fêtes, le père Noël est pour beaucoup d’entre nous...un Nègre.
J’ai peur de mardi
«J’ai peur de mardi», écrivait le 1er novembre, le célèbre chroniqueur de La Presse de Montréal, Pierre Foglia
«J’ai peur que l’Histoire n’arrive pas. J’ai peur que la vie continue, glauque.
«J’ai peur que les Américains n’aient pas envie de refaire l’Amérique avec Obama, de retourner au mythe originel du Nouveau Monde comme il le leur propose, de retrouver le souffle, la magie qui ont présidé à la naissance de leur pays. J’ai peur des sondages. Du vote de la honte. Ces gens qui n’ont pas dit, parce qu’ils ont honte, qu’ils allaient voter contre Obama parce qu’il est Noir. On dit qu’ils sont moins nombreux qu’on ne croit. Je suspecte qu’ils le sont plus, beaucoup plus. »
«L’homme qu’il faut »
«D’abord il faut écrire ces mots en toutes lettres. Les lire lentement à haute voix pour mesurer l’ampleur de la nouvelle, sa charge d’histoire et d’émotion : le peuple américain vient d’élire à la Maison Blanche un homme à la peau noire. Quelle intelligence, quelle maestria, quel sang-froid aussi a-t-il fallu à Barack Obama pour enlever un scrutin qui, rappelons-le, était tout sauf acquis, si l’on se reporte moins d’un an en arrière. Combien d’écueils évités, de pesanteurs et de préjugés vaincus, avant de donner par sa victoire un puissant signal d’optimisme à l’Amérique et au reste du monde. Obama a fait coïncider l’espoir avec le noir. Sans que jamais, et ce fut sa virtuosité, il apparaisse comme le candidat d’une communauté.

«Mêlant sa jeunesse à la sagesse qui n’a pas d’âge, le sénateur de l’Illinois a su dépasser les fractures originelles d’une nation née dans l’esclavage et la ségrégation pour la rattacher à son idéal fondateur, le fameux «E pluribus unum» : faire un seul de plusieurs; considérer que la multitude des origines n’empêche pas le partage d’une aspiration commune.

«Président postracial? Oui, et surtout légitime pour se faire entendre sur les deux berges de cette cicatrice mal refermée entre Noirs et Blancs, ce passé «qui n’est même pas passé» comme il l’a déclaré, citant Faulkner, dans son exceptionnel discours de Philadelphie, le 18 mars, où s’est imposée sa quête forcenée et pourtant si calme, si sûre, d’une «Union plus parfaite».
«Pour vaincre, il devait convaincre.»
Éditorial du Monde 5-11-08 par Eric Fottorino

Roody Edmé