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Le Courrier International a fait paraître une édition spéciale à l’occasion des 190 ans de la naissance du philosophe Karl Marx et des 125 ans de sa mort. Il se trouve que ce penseur du 19e siècle que l’on croyait perdu dans les catacombes de la sanglante histoire du 20e siècle se révèle d’une troublante actualité. Son spectre hante encore les arcanes de la pensée contemporaine et le Financial Times, la très respectueuse publication londonienne parle de Marx en des termes futuristes : « Marx est loin d’être enterré sous les décombres du mur de Berlin. Il pourrait même d’ailleurs se révéler le penseur le plus influent du 21e siècle ».

 

Et pourtant, l’auteur du Capital n’a jamais autant paru à contre-courant de l’Histoire. L’adhésion de la Chine au capitalisme dans les années 80, l’hérésie soviétique qui transforma en hiver le printemps des peuples, et les ravages du régime nord-coréen avaient consacré l’échec d’une idéologie qui prétendait refaire l’histoire en renversant la pyramide des privilèges.

 

Et coup de théâtre, à l’heure du capitalisme post-moderne la question éternelle du partage équitable des richesses refait surface. Le concept d’Etat qui s’est longtemps déconsidéré à cause des grands totalitarismes du 20e siècle se refait ces derniers temps une santé. Et Marx n’a plus à se retourner dans sa tombe, même que certaines universités l’exhument et des auditeurs de la BBC de Londres vont jusqu’à élire le barbu austère de « l’idéologie allemande », le plus grand philosophe de tous les temps. L’historien britannique Tony Judt écrivait récemment « la tradition libérale en réussissant de manière inattendue à s’adapter aux difficultés de la crise de 1929 et à doter les démocraties occidentales d’institutions stabilisatrices comme le New deal et l’Etat-Providence avait manifestement triomphé des critiques anti-démocratiques de gauche comme de droite ». Aujourd’hui pourtant, ce que les contemporains de Marx appelaient la question sociale refait surface en raison des inégalités criantes qui persistent sur notre planète.

 

Une question sociale qui s’est invitée dans la campagne électorale américaine et qui a dominé les premiers débats électoraux. C’est la mode aujourd’hui dans la campagne américaine de parler de protection sociale pour les classes moyennes, on n’oserait pas sous peine « d’excommunion » parler de « masses populaires » sensées inexistantes dans ces sociétés post-modernes.

 

Tout se passe comme si nous entrions dans un nouveau cycle, connu des auteurs du 19e siècle, avec des problèmes d’inégalité encore insolvables et l’exploitation irresponsable des ressources de la planète.

 

Les problèmes d’équité et de justice sociale remobilisent les sciences sociales. Et des revenants comme Marx et Keynes viennent faire un petit tour au 21e siècle pour une fois de plus nous mettre en garde contre les « eaux glacées du calcul égoïste ». Toujours est-il que les récentes tempêtes financières qui ont balayé la planète ont provoqué une douche froide dans les milieux conservateurs et « ont fait le miel » des altermondialistes.

 

L’homme est définitivement un être passionné et les questions de choix de société, de vie tout court resteront au cœur des sciences humaines. Dans les premiers refus du plan Paulson par le congrès des Etats-Unis,la semaine dernière, il y avait la peur des conservateurs de violer les principes sacro-saints du marché à travers ce qui s’apparentait à une « nationalisation » de certaines banques et la peur des libéraux centristes d’offrir des parachutes dorées à des golden boys.

Roody Edmé