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C’est une femme affichant une sérénité  certaine qui est apparue sous les flashes des caméras et devant la forêt de micros tendus à bout portant pour ne rien rater de sa première conférence de presse.

On peut déjà parler du style de Madame Pierre-Louis, avec une maîtrise de son sujet, et surtout une authenticité qui fait trop souvent défaut dans ce milieu politique où elle apparaît, malgré son âge mur, comme une jeune potache qui a travaillé ses dossiers et qui s’est même permise, par moments, d’être pédagogue.

Mais on ne dirige pas l’ONG la plus puissante du pays sur un temps aussi éprouvé sans être une stratège de l’organisation et une gestionnaire de ressources, bref quand même une femme de pouvoir.
Elle a abordé sur un ton calme, mais decidé, les priorités de son administration : la production nationale, la reconquête de la souveraineté sur les plans de la sécurité publique et alimentaire, un avenir à offrir à cette jeunesse qui n’a pas beaucoup d’alternative.

Sur la question de la souveraineté, elle a pris le soin de reconnaître qu’il s’agit d’une construction et que cela ne pouvait se décréter. Elle a donc refusé de tomber dans le piège de la posture nationaliste, tout en maintenant le cap sur cet horizon stratégique qui redonnera à un État haïtien démocratique et stabilisé le plein contrôle de son territoire.
La Première ministre ratifiée a pris soin de distinguer la déclaration de politique générale qui est, pour elle, une vision de l’avenir d’Haïti, une sorte de contribution sur les pistes à explorer pour bâtir un nouveau pays, d’un agenda à mettre en œuvre avec un calendrier précis de résultats. L’un ne pouvant exister sans l’autre.
Nous avons relevé avec d’autres confrères ce souci de respecter les partenaires politiques et sociaux : partis politiques et organisations de la société civile dans une perspective de mobilisation citoyenne et dans un momentum rappelant, pourquoi pas, l’enthousiasme de l’après-86, cette fois-ci en évitant les pièges de l’exclusion.

Et puis cette élégance dans le survol des « nids de coucous » et autre panier à crabes de la politicaillerie, cet aveu de ses souffrances de femme lapidée médiatiquement, de ses sanglots dissimulés qui font ressortir à la fois l’humanité et la maîtrise du chef de gouvernement en devenir.

Un leadership serein et déterminé fait son nid sans esprit de revanche, avec la volonté d’inclure « chaque Haïtien, chaque Haïtienne » martèle-t-elle, faisant frissonner les microphones comme pour transmettre sa conviction aux millions de compatriotes d’ici et d’ailleurs.

Il reste beaucoup à faire pour convaincre ce peuple exsangue à s’embarquer dans une nouvelle aventure de l’espérance retrouvée, il va falloir encore plus de détermination de la part d’un chef de gouvernement pour faire bouger une structure étatique dont la capacité de perversion des meilleures intentions est à l’épreuve des siècles.
Il va falloir du civisme et du dépassement à chacun de nous pour ne pas fermer ce que nous avons appelé dans un précédent éditorial « cette fenêtre d’opportunités ».

Roody Edmé