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5 heures, ce soir du 2 juillet, la base aérienne de Cotam à Bogota est le lieu le plus regardé du monde. Sur le tarmac, l’otage la plus célèbre de la planète et quatorze de ses compagnons d’infortune font face aux caméras de la presse internationale. Eh oui... Ingrid Betancourt est libre ! La nouvelle fait le tour du monde et, à Port-au-Prince, on s’affaire dans les salles des nouvelles pour enregistrer une voix qui s’était tue depuis six ans.

La nouvelle est à la fois agréable et inattendue, notre rédacteur en chef m’annonce au téléphone qu’il consacre la une du jeudi 3 juillet à l’événement et notre collaboratrice de la rubrique Monde, Joëlle, toute émue, part faire le tour de la blogosphère à la recherche d’images inoubliables de ce moment historique.

Pendant une heure d’une conférence de presse improvisée, l’ex-otage des Farcs parle avec calme et sérénité de sa longue capture. Elle remercie Dieu, les forces armées colombiennes, le président Sarkozy, Jacques Chirac, Dominique de Villepin, la presse en France et en Colombie, tous ceux qui l’ont accompagnée et soutenue pendant ces six ans de captivité.

J’ai vu sur le petit écran une femme incroyablement fraîche, un esprit primesautier et brillant, apparemment non affecté par cette longue capture et qui parlait avec générosité de sa terre natale, la Colombie, et des souffrances de son peuple. Incontestablement, une femme politique de haut vol qui sait parler aux médias et aux cœurs de ses concitoyens, une dame qui a gardé jusqu’au bout la maîtrise des événements et qui n’a oublié personne.

Lorsque sous le charme, les journalistes lui ont demandé si elle avait des ambitions politiques, la madone de la jungle répondit avec un sourire : « Pour le moment, je ne veux être qu’un soldat de plus au service de ma terre ». Et de faire le clin d’œil et le salut militaire en direction du commando qui venait de la libérer.

Le président Alvaro Uribe et ses services secrets viennent de réaliser une opération qui fera date dans l’histoire des services de renseignement du monde. Gordon Thomas qui a écrit Les armes secrètes de la CIA et Mossad : les nouveaux défis, devra s’intéresser sûrement à cette opération « Échec et mat », la plus audacieuse du nouveau millénaire sur le plan du renseignement et des opérations de commandos.

Alvaro Uribe sort donc grandi aux yeux du monde entier et du peuple colombien ; sa ligne ferme et têtue aura donc raison, du moins pour le moment, de la stratégie de pourrissement poursuivie par la plus vieille guérilla du monde.

Mais que se passe-t-il chez les Farcs, groupe très aguerri, qui ont semblé presque laisser faire ? La rumeur veut qu’ils soient à bout de souffle et Ingrid Betancourt elle-même, bien que prudente, a fait état de leurs difficultés d’approvisionnement. Depuis la mort, à 80 ans, de Manuel Marulanda, le chef historique des Farcs, il se murmure que son successeur Alfonso Cano serait pour une révision de la ligne dure et meurtrière de la guérilla. Cano, formé à la guérilla urbaine, est aujourd’hui la cible privilégiée des forces armées qui essaient de le localiser dans le sud du pays. Sa succession au sommet de l’organisation illustre la relève générationnelle par laquelle des guérilleros rompus à la guérilla urbaine remplacent peu à peu les vieux militaristes de la trempe d’un Jorge Bricenio et Yvan Marqués.

Les Farcs sont-ils désormais solubles dans la politique de fermeté d’un Alvaro Uribe ? À n’en pas douter, après l’opération qui a coûté la vie à Raoul Reyes, le numéro 2 des Farcs, la libération de Betancourt et de ses compagnons vient d’enfoncer le clou et ravir à la guérilla une occasion de montrer au monde un reste d’humanité.

Incontestablement, la Colombie d’Alvaro Uribe mène à la mi-temps d’un match sanglant dont on ne voit pas encore la fin. Mais la précieuse vie de quatorze otages et de soixante guérilleros a été épargnée dans une opération de toutes les audaces.

Roody Edmé