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Devant mon téléviseur ce week-end, j’ai suivi avec admiration le concert organisé en l’honneur des 90ans de Nelson Mandela, cet homme que « la planète entière aurait aimé avoir pour père », affirme l’acteur noir américain Will Smith. Bill Clinton lui-même n’avait-il pas affirmé qu’il aimerait tant ressemblé à Nelson Mandela ! Et Gordon Brown, l’actuel premier ministre d’Angleterre, de renchérir « le plus grand homme de notre génération qui a mis fin à l’apartheid ».

L’image joyeuse et sereine du charismatique patriarche jurait avec une autre image, celle de Robert Mugabe, debout face à une urne dans le cadre d’un second tour d’une compétition électorale organisée dans son pays, le Zimbabwe, en l’absence de son adversaire Morgan Tsvangirai obligé de gagner le maquis.

Un second tour dont il s’est proclamé unilatéralement vainqueur, avec une installation prévue le lendemain comme «  président à vie »de la nation zimbabwéenne. Et dire qu’il fut un temps le Dr Mugabe figurait en bonne place aux cotés des Samoa Machel, Nelson Mandela, Steve Beeko parmi les « gran neg » de l’Afrique. Dans les années 70, les jeunes d’ici et d’ailleurs entonnaient des hymnes aux accents de « reggae songs » en l’honneur de la libération de cette colonie de l’ex-Rhodésie du Sud et le nom de Mugabe  résonnait comme une volée de cloches dans toute l’Afrique et au-delà.

Comme ce prince de Thèbes qui délivra son pays d’un monstre pour être par la suite celui par qui le scandale est arrivé, Robert Mugabe fait aujourd’hui de son pays une des lanternes rouges d’un continent par ailleurs en pleine progression sur bien des points.

La plupart des économies africaines ont maintenu en 2006 et 2007un taux de croissance supérieure à 5%. Le continent a diversifié selon Philippe Hugon, spécialiste français de l’Afrique, ses zones d’influence et bénéficie des relations croissantes avec le Brésil, l’Inde et la Chine et de financements importants de pays arabes et pétroliers.

Le Zimbabwe grenier à blé, disposant d’un réseau enviable d’infrastructures et d’un bon système éducatif a vu selon les experts son économie agricole s’effondrer à la suite d’une réforme agraire rampante s’apparentant beaucoup plus à une « orgie » agraire. Une opération à coutre de vue destinée apparemment à « venger la race » en dépossédant des fermiers blancs au profit de nouveaux propriétaires noirs recrutés parmi la clientèle politique du Père de la nation.

Le pays de 13 millions d’habitants reste un importante réserve stratégique de platine, d’or et de diamant qu’un seul homme à décidé de diriger comme une affaire de « famille » en posant un nouveau défi au continent. Il faut dire que l’homme fort d’Harare a bénéficié du soutien de Taboum Mbeki, connu pour son insoutenable légèreté à soutenir les causes les plus controversées, surtout quand il perçoit, passé colonial oblige,une quelconque conspiration occidentale.

Un soutien qui a quelque peu assombri l’image de marque de ce grand pays qu’est l’Afrique du Sud, en butte aujourd’hui à la plus grande traque xénophobe de son histoire, après que des milliers de réfugiés fuyant le grand fauve d’Harare aient pris refuge au pays de Madiba.

L’image de Mugabe mimant sa parodie de démocratie rappelle que la métamorphose du monstre de Frankenstein est loin d’être une légende tirée d’un roman de Mary Shelley. Et les vaccines et tambours qui résonnaient Dimanche dans Harare célébraient de bien « tristes tropiques ».

Heureusement qu’il y a l’image du célèbre prisonnier qui fit de sa matricule46664, un symbole d’amour et de liberté, et qui inspire le monde entier. Heureusement qu’il y a encore  un Nelson Mandela pour illuminer les jeunes du monde entier, alors que ce dimanche à Harare, capitale du Zimbabwe, il « fait un jour plus noir que la nuit ».
Merci à Nelson de nous permettre de chanter, malgré tout, avec Joan Baez et la chorale de Soweto... « Asi Bonanga...Africa ».

Roody Edmé