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La flamme olympique a allumé sur son troublant passage de 13.700 km les passions anti-chinoises de l’opinion publique occidentale eu égard à la politique de Pékin au Tibet.

Ces dernières semaines, la question tibétaine s’est révélée le talon d’Achille du géant chinois qui se préparait à célébrer les jeux olympiques dans une totale apothéose. Personne n’est dupe. Depuis longtemps, des événements sportifs d’une telle ampleur ont toujours été mis au service de certaines « liturgies politiques » et servent à affirmer la grandeur d’une nation ou la « supériorité » d’un modèle.

Tout avait pourtant bien commencé pour ce pays surprenant et fier qui suscitait dans l’opinion publique occidentale un mélange de jalousie et d’émerveillement. Et tout le monde était curieux de s’envoler à la faveur des JO de l’autre coté de la muraille de Chine pour découvrir les miracles de la croissance chinoise. Une croissance économique arrogante et des performances industrielles et technologiques étourdissantes avaient transformé l’empire du Milieu aux yeux de certains de « péril jaune » en une gigantesque fusée éclairante rayonnant sur l’économie mondiale.

Au plus fort de la crise mondiale, certains économistes pariaient même sur l’économie chinoise pour servir de locomotive au reste du monde. Une nouvelle passion pour la Chine avait vu le jour en Occident et il ne s’agissait plus seulement de Bruce Lee ou autre produits touristique et sportif à l’instar du temple de Shaolin, mais des universités de Pékin ou de Shanghai, quand ce n’était la curiosité pour le programme spatial chinois encore embryonnaire mais si plein d’avenir.

Seulement, il y a le Tibet et ses revendications autonomistes. Il y a aussi la présence apaisante mais ô combien politiquement « pesante » pour les autorités chinoises du dalai lama, leader spirituel incontesté qui jouit en Occident d’un grand prestige. Jusqu’ici les autorités chinoises étaient parvenues à mettre sous éteignoir un mouvement que des militants tibétains ont réussi à introduire dans l’actualité à la faveur de l’hyper médiatisation des J.O.

Un embarras absolu pour les dirigeants occidentaux qui s’étaient accommodés d’une situation remontant aux années 50 et se contentaient de temps en temps de poser en compagnie du dalai lama sur la pelouse de la maison blanche ou les marches de l’Elysée.

Depuis quelque temps, grâce à la magie du numérique, la Chine devient pour la bonne conscience occidentale le pays le plus menaçant de la planète et distance désormais les Etats-Unis au hit parade des pays les plus « détestés » ou jalousés au vu des sondés européens.

Derrière la sympathie pour les Tibétains bafoués dans leurs droits, il y aurait aussi quelques ressentiments en Occident contre ce nouvel Orient globalisé dont la vigueur économique fait pâlir d’envie l’orgueilleuse Germanie, fille légitime du grand Bismarck ou la fière Albion quelque peu décrépie depuis le départ d’un certain Tony Blair. Sans oublier, ô arrogance suprême, les fonds souverains venus d’Asie renflouer les banques américaines aux caisses éventrées par la crise du subprime.

Toute chose qui fait apparaître la Chine comme une belle conquérante au « collier de griffes » et aux habits de pacotille, allusion au rouleau compresseur que constitue le textile chinois. Et dans certains cercles occidentaux, on rit jaune à propos des « chinois à Paris ». Il existe à n’en pas douter des valeurs universelles contre lesquelles on ne saurait opposer une quelconque exception de civilisation, et les droits de la personne en font partie. Robert Ménard de Reporteurs sans Frontière a signalé dans « sa bonne vieille Europe » toute une série d’atteintes à la liberté d’expression qui serait le produit de groupes mafieux et de puissants intérêts, comme quoi, cela n’arrivait pas que chez les « bridés ».

Ce qu’il faut éviter surtout, c’est de substituer au cliché du chinois qui ne comprend rien au monde, celui du puissant parvenu et amant de la contrefaçon. Et ne pas froisser ainsi la dignité de plus d’un milliard de citoyens au passé millénaire qui mérite leurs jeux olympiques. On peut toujours contester les pratiques totalitaires d’un marxisme pékinois mâtiné de confucianisme mais de là à enlever à une grande nation un motif de fierté.

Qui sait ce que peut un dragon blessé dans un nouveau choc des impérialismes.

Roody Edme