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La situation au Kenya préoccupe le monde entier et spécialement ceux qui partagent les souffrances des peuples africains trop souvent déchirés par des conflits inter-ethniques instrumentés par des politiciens.

Depuis la proclamation des résultats électoraux qui a déclaré vainqueur l’actuel président Mwai Kibaki, le pays devient fou et s’embrase à un point que l’on parle déjà de 70.000 réfugiés. La scène terrible d’une église incendiée faisant plus de 35 morts dont des femmes et des enfants rappelle des situations similaires au Rwanda qui hantent encore nos mémoires.

La vérité est que le chef de l’opposition Raila Odinga semble avoir gagné les élections et que, comme pour ne pas changer, cela doit vous rappeler des situations similaires sous d’autres latitudes, le chef de la commission électorale le sieur Samuel Kiviatu affirme avoir été influencé par le Gouvernement dans la proclamation de résultats biaisés qui ont conduit de manière irresponsable a mettre le feu au poudre dans un pays fragilisé par des oppositions ethniques entre kykuyu et Luos.

328 morts c’est le compte douloureux des tensions qui ont éclaté depuis le 24 Décembre en raison des ambitions sans bornes d’une élite politique prêt à assumer l’explosion et le démembrement de leur patrie contre les privilèges du pouvoir.

Au milieu de la confusion et de la guerre civile qui s’étend dans les bidonvilles de Nairobi, Raoul Odinga affirme debout face aux journalistes, dans son élégant complet veston, que la démocratie coute cher et qu’il fallait en payer la note. Le pire, c’est que l’on n’a pas la garantie que celui qui a su si bien traduire en mots les revendications du peuple Kenyan soit lui-même un démocrate. Mais qu’importe, pour le moment si l’on procède au recomptage des totaux, et qu’il se trouve que Raila Odinga l’a emporté, il aura pour lui une légitimité incontestable.

L’Histoire cependant nous appelle à plus d’humilité, surtout dans nos pays pauvres et polarisés ou il existe si peu de passerelles, le compromis politique est toujours souhaité pour renforcer les acquis du vote et mieux cadrer les ambitions souvent débridées des uns et des autres.

La situation actuelle au Kenya semble signifier la ruine de plus de quinze ans d’un processus démocratique qui connu jusqu’ici des hauts et des bas. A moins que, le sens du compromis l’emporte et que l’opposition et le Gouvernement ne se servent du nettoyage ethnique comme note de sang à  payer pour une démocratie introuvable.

A moins que enfin, la communauté internationale ne joue pas au Ponce Pilate et que l’égoïsme des nations ne l’emporte sur la solidarité universelle et cela quelque soit le continent.


Roody Edme