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Le Brésil n’a plus seulement le foot-ball pour faire flotter son drapeau dans le monde. Le président Lula peut se permettre d’envoyer les champions du monde servir la cause de la paix un peu partout, car les « jaune et vert » savent faire rêver la planète entière et élever le foot-ball au stade suprême de l’art.

Mais une puissance émergente se doit de disposer d’autres atouts pour convaincre sur le plan mondial. Aussi, à l’instar de l’Inde avec son Bollywood, le Brésil s’est-il lancé avec succès dans la culture de masse. Et, ces jours-ci, un feuilleton est en train de battre tous les reccords sur le petit écran ici et dans tout le sous-continent. « Au cœur du péché » passionne les téléspectateurs de toutes les classes sociales et inscrit, dans le cerveaux et dans les cœurs, les traditions culturelles de ce vaste et énigmatique pays. La recette n’est pas terrible : une histoire d’amour entre un blanc, Paco, et une noire, Preta, un enfant du nom de Rai, fils du couple, métis dont l’intelligence éblouit ses interlocuteurs, mais dont on attend le test d’ADN pour savoir s’il héritera de la fortune de son grand-père. Et autour de ce noyau, une constellation de familles aux pratiques singulières, proches du folklore local.

Des « albums de famille » qui pourraient avoir pour cadre n’importe quel quartier de Port-au-Prince. Des situations cocasses ou tragiques qui rappellent les « zen » et les « lodyans » haïtiennes, en tout cas, plus proches des téléspectateurs haïtiens que les « soap-operas » américains déjà passablement très suivis. Le public haïtien est plus proche des scènes de condomble ou de senteria qui parcourent le feuilleton que des affres du milliardaire texan dans Dallas.

Et puis l’intrigue, facile, est servie quand même par un jeu remarquable d’acteurs qui donnent à voir les progrès du professionnalisme dans le monde du spectacle au Brésil.

Après le football, la lutte, dominée pendant un temps par les frères Gracie et Carlos, qui s’exporte très bien en Amérique du nord à la faveur des combats violents genre ultimate figting , le feuilleton télévisé devient, pour le Brésil, un avantage comparatif certain pour la promotion de son tourisme. Tout comme le carnaval, ces nouvelles productions de la télévision brésilienne veinnent enrichir l’arsenal du « soft power » brésilien.

Quand on songe aux ambitions de Brasilia au Conseil de sécurité, on ne peut qu’observer avec attention ce déploiement culturel régional, voire mondial. Le Brésil considère jusqu’ici comme un succès, sa participation à la mission onusienne de stabilisation en Haïti et envisage la crise dans notre pays et sa solution éventuelle comme le premier chapitre d’une nouvelle grammaire des relations internationales. Selon Riccardo Seitenfus, directeur de la faculté de Droit de Santa Maria, le Brésil entend jouer un rôle majeur dans la stabilité régionale et n’écarte pas de jouer un rôle de facilitation dans la guerre civile en Colombie.

Dans ce chassé-croisé de puissances « hard » ou « soft », Haïti doit commencer pregressivement à penser son avenir en développant une politique qui lui permette, un jour, d’exposer au monde sa richesse culturelle et de projeter dans ce domaine une certaine puissance.