Global Voices en Français 


La démocratie représentative connait en Occident une crise de définition. Il existe en effet, un hiatus entre les mandataires et leurs mandants, une fois les élections terminées. En France, ces jours-ci, on se plaint que la campagne présidentielle s’englue dans des considérations se trouvant à des distances cosmiques des préoccupations citoyennes. 

D’où une augmentation sensible de la défiance vis-à-vis de la classe politique qui, pour se démarquer des sentiers battus est obligée de faire campagne sur le thème de la rupture. Une sorte d’appel d’air frais, destiné à renouveler l’intérêt du citoyen pour les affaires publiques.

Notre pays voit déjà ces nouvelles institutions fragilisées par ces « pathologies » de la démocratie que sont la crise de la représentativité, l’insoutenable distance entre « ceux qui représentent et ceux qui sont représentés ». S’il est vrai qu’un Politique ne doit nullement se soumettre comme une girouette au vent de l’opinion, l’excès d’orgueil qui consiste à persister dans une voie sans issue, sur une ligne de crête conduisant droit au précipice est on ne peut plus suicidaire.   

On aimerait donc que les nouveaux élus de notre démocratie éternellement naissante travaillent à rétablir ce lien social avec leurs mandants, seul, capable d’éclairer leurs démarches de dirigeants.

Dans la logique certes, de la caravane parlementaire organisée il y a peu, sensée recueillir les doléances citoyennes sur des questions sensibles ; encore faut-il que la caravane ne fasse son chemin, indifférente aux « aboiements de la meute » .   

Le citoyen demande au Politique à la fois d’être près de lui en même temps de se distinguer. Ce qui n’est  pas facile et réclame de la part de la femme et de l’homme d’Etat de l’humilité et du courage. D’autant plus que chez nous, on part souvent de rien … et l’homme politique est obligé de verser dans l’improvisation totale, ou de se laisser aller à imiter les vieux clichés du pouvoir haïtien.

Pourtant, il y a quelque vingt ans, des intellectuels animant une émission de radio s’interrogeaient déjà : « Haïti, quelle démocratie ? » 

Depuis, leurs voix se sont tues, perdues dans une incroyable solitude. C’est vrai qu’à l’époque, il ne faisait pas bon d’être trop intellectuel. La « lumpénisation de la crise » et l’éclatement du réel laissaient peu de place à la réflexion sur comment penser notre démocratie. Il fallait répétait-on,  laisser les « jeunes révolutionnaires » jeter sur le béton leur « gourme politique ». Cela aboutit à une succession d’accouchements au forceps, ou autre « opération-césarienne » d’une démocratie "mort-née". En ce temps-la, le jeune leadership démocratique, surpris par le départ de Jean Claude Duvalier, comme un enfant comblé de cadeaux à la nuit de Noël, ignorait que des « Machiavel s’étaient convertis à la démocratie » et attendaient le bon moment, comme cela s’est toujours passé à chacune de nos agapes libératrices pour tout récupérer.

Aujourd’hui, la crise institutionnelle dans ses différentes manifestations nous rappelle que l’Etat de droit ne saurait se contenter d’élections plus ou moins réussies. Il réclame un supplément d’âme et surtout la maîtrise de la "peste" émotionnelle . 

Surtout, gravité, retenue de la part de nos Politiques qui se laissent trop souvent séduits par les charmes sulfureux de la démocratie d’opinion. Chacun veut être dans le hit parade politique de la semaine et, comme dans un pays d’impunité, les scandales sont sans conséquences ; c’est le cas de dire que tout ce qui ne tue pas en politique, engraisse.

Au grand dam d’une opinion publique en plein désarroi et qui se demande si ceux qu’ils ont placés aux commandes ont toutes leurs têtes !   

Loin de nous l’idée de faire à nos élus, un procès en dangerosité, il s’agit pour nous au Matin de jouer humblement notre rôle de leader d’opinion et d’avertir nos Consuls que la démocratie médiatique à ses revers et que tôt ou tard le masque tombe.

Roody Edme