Global Voices en Français    


La nouvelle est tombée aussi inattendue que le visiteur annoncé. Hugo Chavez arrive à Port-au-Prince pour une visite de 24 heures. Le leader vénézuélien est familier de ces arrivées spectaculaires et pourrait être dans « une autre vie » un très bon acteur.

Il fit récemment une apparition de dernière minute au sommet de Rio. On le signalait il y a quelques jours dans la capitale argentine à la tête d’une manifestation anti-bush.

Le champion auto proclamé de l’altermondialisme a une conception très « fleurie » du libéralisme et personne ne peut aller aussi loin que lui dans la dénonciation du capitalisme. Pour l’heure, son action semble essentiellement s’orienter sur comment contrer l’hégémonie américaine dans la région.

Une région qui a été négligée par l’actuelle administration américaine et que la visite du Président des Etats-Unis cherche à réparer. Un analyste du Washington Post affirmait récemment que l’aide promise par les Etats-Unis à toute l’Amérique latine allait être dépensée dans les six prochains jours en Irak.   

Aussi après avoir dans les années 60-70 appuyé des régimes forts en Amérique, le gouvernement des Etats-Unis s’est depuis quelques temps détourné de la région, au profit du rêve de grand  Moyen-Orient démocratique qui devait commencer avec un changement en Irak. Ce vide américain a créé un grand boulevard idéologique sur lequel roule à la vitesse V, le bouillant chef d’Etat vénézuélien. D’autant que les légions d’exclus n’ont pas cessé de grossir dans un région de criantes inégalités.

L’arrivée du chef d’Etat vénézuélien place notre pays au centre d’un chassé croisé diplomatique intense dans un sous-continent qui prend depuis quelques jours une importance stratégique de premier plan.

Le 19 mars prochain se tiendra à Washington, une audience spéciale sur Haïti et la ‘‘menace’’ que constitue notre indigence sur le plan économique sera sûrement au centre des discussions.

Mais Hugo Chavez a quand même une petite longueur d’avance dans ces enchères idéologiques qui font frémir la région.

Hugo le bolivarien a récemment exprimée sa pleine reconnaissance à l’Haïti de Dessalines et de Pétion. Et s’est déclaré solidaire de ce peuple qui guida ses frères latino-américains sur le chemin de la liberté.

C’est assez nouveau ce langage et, il est on ne peut plus séduisant pour un peuple à qui on a toujours semblé faire l’aumône. Les haïtiens peuvent être d’autant plus séduits qu’ils sont souvent perçus comme des parias parasitant la bonne fortune de leurs voisins.

 

Il reste à Haïti de savoir profiter de cette solidarité qui, si elle a d’incontestables accents de sincérité participe quand même de certains conflits d’intérêts naissant et d’enchères idéologiques. La décision américaine de mettre notre pays dans la liste des nations aptes a bénéficier du projet de fabrication de l’éthanol vient en écho a celle de Caracas de nous faire bénéficier de la clause pétro-caribe.   

Haïti est donc a un carrefour qui lui donne une certaine visibilité internationale. La diplomatie haïtienne doit se montrer responsable dans le sens de nos intérêts qui nous commande d’avoir des amis partout.

 Si nous ne devons pas être tout le temps fourré « dans les jupes américaines », il nous faut aussi éviter de faire des « bravades » de galopin.Bref ne pas jouer les « mineurs » dans un jeu diplomatique  majeur ou l’odeur de « soufre » se mélange à celui de « l’essence ».

 Notre objectif doit être de sortir, selon le mot de Sabine Manigat, de la situation de « cas » pour devenir une nation à la hauteur de son passé glorieux. Une nation capable de parler a toutes les Amériques. Celle de Savannah comme de la grande colombie.

 

 Roody Edme