La visite du Premier ministre canadien en Amérique latine et les Caraibes n’est surement pas un non-évenement. Il s’agit d’une visite que le chef du parti conservateur place délibérément sous le signe de la promotion de ce qu’il est convenu d’appeler depuis son discours de Santiago du Chili : le modèle canadien.

Que plus personne ne s’y méprenne, l’administration Harper n’entend pas jouer les cheerleaders de leur puissant voisin dans la région mais au contraire leur propre partition d’une musique d’autant plus douce que le Canada se veut une puissance capitaliste moins « agressive » que les Etats-Unis.

Ottawa veut aussi se positionner par rapport au Vénézuela d’Hugo Chavez qualifié par le Premier ministre d’économie « régressive ». Le Canada serait donc une sorte de troisième voie, une alternative moins polarisante que l’alternative bolivarienne que propose le chavisme. Sans nul doute, cet immence pays possède d’incontestables atouts économiques, ne dit-on pas que ses performances dans ce domaine font blémir d’envie ses amis du G-8. Mais il y a plus, un système social chevillé à une couverture médicale de qualité et démocratique donne au modèle canadien une allure beaucoup plus scandinave qu’américaine.

Le président de la Scotia Bank, Richard Waugt qui a accompagné Stephen Harper en Colombie a lui aussi vanté les qualités de ce modèle qui se veut axer sur la liberté d’entreprise, plus de solidarité et surtout un partenariat plus ouvert avec ses voisins du Sud. D’autant qu’Ottawa aime rappeler son passé blanc comme neige dans ses relations avec une Amérique Latine qui a souffert de quelques traumatismes liés à la doctrine Monroe.

Récemment une universitaire américaine s’indignait de voir son pays se positionner comme le premier marchand de canons du monde. Le Pentagone selon cet article publié dans le Los Angelles Times aurait passé des contrats de fournitures de l’ordre de 21 milliards de dollars.Washington aurait livré dix grands batiments de combat à des pays en développement. La Turquie selon Ms frida Berrigan qui aligne déja 215 chasseurs F-16 compte acheter encore pour 10,8 milliards de dollars d’avions aux USA alors que ce pays est classé 94e place de l’indice de développement humain publié par les Nations-Unies derrière le Liban, la Colombie et la Grenade.

 Pourquoi Ankara qui a déja une flotte aerienne des plus puissantes veut encore plus d’avions ? l’universitaire américaine parle d’un phénomène de dépendance comparable à celle que provoque la drogue et prône une cure de désintoxication pour consommateurs et fournisseurs d’armes.

Il ne fait aucun doute qu’une majorité d’américains aimerait que leur pays ne soit pas sur l’échiquier mondial puissant et solitaire. La commission des affaires étangères du Sénat des Etats-Unis avait déjà souhaité que l’Amérique remette les pendules à l’heure dans ses relations avec un sous-continent qui se débat dans une menaçante pauvreté.

De ce point de vue, Le Canada veut se lever plus tôt et se voit déjà exercer dans la région un soft power comme la Chine souhaite le faire pour l’Afrique. Ses investissements de l’ordre de 100 billions de dollars sont le triple des placements effectués en Asie, les officiels candiens reconnaissent cependant leur peu d’expérience dans la zone pour avoir été longtemps rattaché aux structures du commonwealh. Entre l’Amérique de Georges Bush et le socialisme du 21e siècle à la sauce Chavez se glisse un capitalisme adouci par le « sirop d’érable ».


Roody Edme