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On a toujours réclamé dans la presse et ailleurs que les plus hautes autorités de ce pays impriment à cette société déboussolée une direction claire et précise. Cette semaine encore, un collaborateur de notre journal plaidait pour la mise en place d’un plan directeur de développement qui serait autant de balises pour les investisseurs potentiels.

Les Haïtiens sont de plus en plus nombreux à réclamer des pouvoirs publics une vision nette et claire sur les questions qui nous assaillent au quotidien. C’est à cet exercice que s’est livré le président de la République à son arrivée à l’aéroport samedi dernier.

Pour la première fois, le chef de l’État s’est prononcé sans ambiguïté sur le dossier de la modernisation des entreprises publiques. Il s’agit, selon lui, de ne plus dépenser à fonds perdus dans des entreprises inopérantes et qui coûtent cher aux contribuables. Il n’est pas non plus question de brader le service public, mais de le moderniser, de rendre plus logiques les ratios employés et abonnés. Le président déplora le fait que l’Autorité portuaire nationale ne trouve pas les ressources nécessaires à sa modernisation, parce que son budget sert, à plus de 80 %, à payer des salaires. Toute chose qui rend le port de la capitale peu adapté et cher, très peu compétitif par rapport à d’autres ports de la région.

Pour une fois qu’un homme d’Etat haïtien semble s’écarter des sentiers battus du populisme pour poser les vrais problèmes qui affectent le service public, longtemps considéré comme une grosse tirelire servant à récompenser les amitiés politiques, un débat de fond doit être enfin entamé dans le sens de l’innovation et de la dynamisation de la fonction publique.

Un débat auquel devraient participer en toute honnêteté les syndicats dans le cadre d’un dialogue social renouvelé, en défendant les intérêts de leurs membres, non le poids des habitudes et de traditions surannées qui peuvent conduire à terme à la perte de l’entreprise.

Toute modernisation conséquente et transparente dans le cadre d’un partenariat stratégique public-privé peut aider à conjurer cette « malédiction » qui n’a jamais cessé de rendre inopérantes les « boîtes » de l’État : qu’il s’agisse de l’EDH ou de la Téléco, sans parler de l’hôpital de l’Université d’État, un éternel défi pour les gouvernements de ces vingt dernières années. C’est clair que les conflits récurrents Directeurs généraux versus syndicats cachent un mal plus profond qu’il va falloir extirper.

C’est toute une culture administrative qu’il faudra repenser, tout un rapport à la chose publique qu’il faudra revoir, une approche managériale à complètement innover. Il ne s’agit pas ici de revenir au cliché « l’Etat est mauvais gestionnaire », mais de définir des approches pragmatiques et modernes valables pour le privé comme pour le public, si l’on veut cesser d’observer, par le petit bout de la lorgnette, le 21e siècle.

Le président a, dans ce contexte, parlé de la responsabilité de la justice sur le dossier litigieux de la Socabank, en relevant la nécessité pour tous, dans le privé comme dans le public, de pouvoir rendre compte. Il a cité en exemple, l’affaire « Enron » aux États-Unis, on pourrait ajouter les démêlés de Bernard Tapie avec la justice française. C’est donc le rôle de l’Etat de droit de protéger les contribuables, de garantir un climat serein des affaires. C’est à la justice de sauvegarder les droits de tout justiciable, d’affranchir ou de contraindre, de punir ou de réhabiliter en toute équité.